En rêvant au grand stade de Christian Constantin, la commune valaisanne de Riddes, entre Sion et Martigny, mise-t-elle son avenir sur des chimères? Mercredi, le patron du FC Sion a avancé d'un pas dans l'accomplissement de son projet. L'assemblée primaire (législatif) a accepté, à une très nette majorité, le changement d'affectation des zones nécessaires à la réalisation du complexe, lequel abritera en un même lieu ledit stade et des surfaces commerciales.

«Neuchâtel a commencé comme ça...»

En attendant l'homologation par le Conseil d'Etat, les 140000 mètres carrés de terrains dont Christian Constantin a aujourd'hui la maîtrise totale - il est propriétaire de certaines parcelles et dispose d'un droit de préemption sur les autres - sont promis à une affectation encore inédite en Valais à ce jour. L'architecte de Martigny s'en frotte les mains. «C'est tout simplement la première fois qu'on accorde la possibilité de réaliser une infrastructure de ce type, c'est-à-dire dans une zone qui regroupe activités sportives et commerciales. Je vous rappelle que les promoteurs du stade de Neuchâtel ont aussi commencé par là. C'est plus qu'une petite étape...», se réjouit-il.

Le plus sérieux de ses trois projets

A Riddes, Christian Constantin a donc peut-être trouvé les alliés qui lui manquaient pour concrétiser son ambitieux projet, après plusieurs tentatives infructueuses ailleurs dans le canton. A Collombey puis à Martigny successivement, où l'entrepreneur convoitait des zones inadéquates, selon le service de l'aménagement du territoire, et s'était heurté à de multiples oppositions. Sous réserve d'une homologation en bonne et due forme par le Conseil d'Etat, le chef du Service de l'aménagement du territoire René Schwéry lui-même reconnaissait jeudi que les chances de concrétisation du grand stade, d'un point de vue formel, n'ont jamais été aussi grandes.

Si le président de Riddes Jean-Michel Gaillard a clairement joué les entremetteurs dans ce dossier, c'est qu'il voit dans le grand stade un très sérieux appui au développement économique de sa région. Agrémenté de 40000 mètres carrés de surfaces commerciales, selon les chiffres articulés par l'étude d'impact, le complexe de Christian Constantin signifierait la création de plusieurs centaines d'emplois. «Le développement de la commune a été presque entièrement dévolu à la zone touristique de La Tzoumaz jusqu'à présent (ndlr, Les Mayens-de-Riddes). Cela fait dix ans que nous attendons de dynamiser la plaine grâce à un projet d'envergure», argumente le président, se défendant d'avoir manœuvré à l'aveugle, comme certains ont pu le lui reprocher. «Nous nous sommes basés sur une étude d'impact sérieuse. Tout ce qui devrait être entrepris pour limiter les nuisances dues au complexe est clairement répertorié dans un cahier des charges.»

Un stade, un téléphérique et une patinoire

Les citoyens riddans, il est vrai, ne savent presque rien du complexe sportivo-commercial qui pourrait s'ériger sous leurs fenêtres. Sur le bureau du président de Riddes, la seule «esquisse d'utilisation du sol» ne nous en apprendra pas davantage, si ce n'est que «le stade devra être aménagé à l'ouest de la zone». En l'absence de plans de quartier, prochaine étape dans la procédure en vue d'une autorisation de bâtir, les intentions de Christian Constantin sont suffisamment imagées pour faire rêver le Valais entrepreneurial: un stade de 20000 places, des surfaces commerciales et, pourquoi pas, un téléphérique qui relierait le centre à la station de La Tzoumaz ou encore une patinoire cantonale. L'architecte de Martigny confirmait hier chacune de ses exubérantes résolutions.

Ecône, seul recourant sérieux

Reste qu'en Valais, l'extravagance n'est pas du goût de chacun. Christian Constantin s'est donc bien trouvé quelques adversaires déterminés. La très conservatrice fraternité Saint-Pie X à Ecône avait déjà formulé une opposition au changement d'affectation des zones, s'inquiétant de diverses nuisances - sonores ou liées à la circulation - entourant le complexe, et jugeant l'étude d'impact incomplète. Certains y ont aussi décelé des inquiétudes plus puritaines, vis-à-vis des «commerces érotiques» qui pourraient trouver leur place dans les surfaces commerciales. Bref, la commune de Riddes a rejeté l'opposition après plusieurs séances de conciliation, mais Ecône reste aujourd'hui le plus sérieux contradicteur de Christian Constantin et des autorités riddanes, le seul, en fait, à pouvoir se placer dans la position du recourant auprès du Conseil d'Etat. Sollicité par Le Temps, l'abbé Benoît Jorna, directeur du séminaire d'Ecône, souhaite garder pour lui ses intentions à l'heure qu'il est.

De son côté, Christian Constantin se prépare à l'éventualité d'un nouvel obstacle avec la conscience de l'entrepreneur plutôt qu'avec celle que lui imposerait son statut de gourou du Valais footballistique: «Ils peuvent recourir auprès du Conseil d'Etat sur les infrastructures sportives uniquement, pas sur les surfaces commerciales. Cela, c'est acquis...» La commune de Riddes ne montre pas davantage d'inquiétudes: «Le projet de stade de Christian Constantin, peut, à notre avis apporter beaucoup plus que des surfaces commerciales. Mais quoi qu'il arrive, ce sera bon pour le développement économique de la région.» A Riddes, des magasins, oui. Un stade, un téléphérique et une patinoire cantonale, c'est encore à voir.