Risque majeur de récidive pour un jeune délinquant sexuel sadique

Genève Le procureur demande une mesure d’internement

Devant la justice

Faut-il l’enfermer et jeter la clé? Ou bien faut-il considérer qu’un traitement en milieu carcéral ou institutionnel n’est pas forcément voué à l’échec? Pour Lucien*, qui ne conteste pas avoir terrorisé, battu et infligé d’intenses sévices sexuels à sa victime, l’enjeu du procès réside dans la mesure d’internement réclamée par le Ministère public genevois en sus d’une peine de 8 ans. Cette mise à l’écart durable d’un garçon de 23 ans, immature et toujours révolté, a été combattue avec conviction par Me Nicola Meier. «Il vous faut délivrer un autre message qu’une exclusion aussi radicale pour ce gamin», a lancé la défense à l’intention du Tribunal correctionnel. Les juges diront mercredi ce qu’ils en pensent.

Personnalité anti-sociale

La journée avait mal commencé pour le prévenu. Sans surprise, l’audition du professeur Bruno Gravier s’est révélée accablante pour Lucien. Avec une nuance. Le fait que ce dernier ait entrepris une psychothérapie en prison pour «essayer de se souvenir» semble un point encourageant aux yeux de l’expert psychiatre. C’est un début, une rencontre, mais c’est loin d’être suffisant pour parler d’un véritable traitement, a encore précisé Bruno Gravier.

Sinon, le fonctionnement psychique de Lucien, marqué par «des envahissements pulsionnels qui le débordent», inspire les plus grandes craintes à l’expert. Son trouble de la personnalité dyssociale, avec des traits sadiques et pervers, ne l’empêche pas du tout de comprendre ce qu’il fait mais diminue un peu sa capacité à se contrôler. Autant de caractéristiques qui amènent le psychiatre à retenir un potentiel de récidive majeur, avec aggravation possible des actes, et une grande imperméabilité au traitement.

Plongé dans le déni des violences qu’il a commises ou qu’il a lui-même subies, incapable de se souvenir de ses actes en raison de ce refus de retenir les choses désagréables de son vécu, Lucien pourrait tout de même progresser «s’il accepte de regarder en lui et de s’affronter». C’est loin d’être gagné, ajoute le psychiatre. Ce d’autant plus que le jeune homme a baigné dans un climat familial incestueux et brutal, imprégné du même puissant déni global.

Victime vulnérable

C’est dans les griffes de ce garçon au passé toxique et tourmenté, jalonné déjà de neuf petites victimes alors qu’il était encore mineur, que Léa est tombée. Elle n’avait que 16 ans et lui 18. Mais l’emprise a été d’emblée massive et destructrice. Peut-être que le viol subi auparavant, par des inconnus qui n’ont jamais été identifiés, a rendu cette jeune fille plus vulnérable encore. Son avocate, Me Saskia Ditisheim, a lu les morceaux d’un journal intime. Léa y décrit l’humiliation, les souffrances, les urgences, sa dent sanguinolente, sa fête de 18 ans annulée à cause de son œil explosé. Et les viols répétés. «J’ai senti mon âme se fendre. Cela m’a tuée de l’intérieur.»

Pulsion mortelle?

Pour qualifier la barbarie de ce huis clos, le procureur Adrian Holloway parle de lésions corporelles graves, de viols, de contraintes sexuelles et aussi de tentatives de meurtre s’agissant des épisodes de noyade et d’étranglement. «Il a renoncé à tuer sa victime pour une raison qui nous échappe mais il a pris et accepté le risque qu’elle meure.» Cette intention morbide est le seul point contesté. Me Meier a rappelé les propos prêtés à Lucien par Léa elle-même. «Il m’a dit de ne pas m’inquiéter car il ne me tuerait jamais.» Ou encore: «Il m’a dit que j’étais la seule chose qui le retenait sur terre.»

Puis les efforts de la défense se sont surtout portés sur la sanction. «Il ne faut pas le punir comme un adulte irrécupérable», a plaidé l’avocat tout en soulignant que Lucien n’a jamais bénéficié d’un véritable suivi en milieu fermé et que c’est le dernier moment pour tenter le coup.

* Prénom fictif