Expertise

Les risques de CarPostal France ont été minimisés

Selon le Contrôle fédéral des finances, l’incursion de CarPostal en France a été sous-évaluée dès le départ. Et son retrait est aussi un défi

Le retrait de CarPostal du marché français comprend des risques qu’il ne faut pas minimiser. Cet avertissement émane d’un rapport d’audit du Contrôle fédéral des finances (CDF). L’organe de surveillance de l’utilisation des deniers publics avait inscrit l’examen de la gouvernance de La Poste à son programme annuel 2018. Après l’éclatement du scandale des bénéfices excédentaires de CarPostal, il a décidé d’élargir son enquête. Mais comme la Police fédérale (Fedpol) a ouvert une procédure pénale administrative, qui est toujours en cours, le CDF a limité sa curiosité à certains aspects spécifiques. «Nous avons renoncé à examiner la question des subventionnements croisés», explique son directeur, Michel Huissoud.

Le CDF s’est intéressé à l’aventure française des bus jaunes. Son rapport est sévère. Il reproche au groupe suisse d’avoir trop longtemps évalué positivement son incursion outre-Jura. CarPostal France (CPF) gère 18 filiales réparties sur huit réseaux urbains, deux agglomérations et six départements. «CPF était encore évaluée comme représentant une «chance» à fin 2017 plutôt qu’un risque», lit-on dans le rapport du CDF.

Or, «en raison des coûts de déploiement, la rentabilité de CPF était négative dès le départ. Un retour sur investissement des activités menées en France sera difficile à réaliser, vu les 19 millions de francs d’augmentation de capital et les 57 millions de dettes contractées auprès de la maison mère», note encore le CDF. Quant aux faibles bénéfices, ils «n’ont pu être obtenus que grâce à un assainissement, le groupe ayant renoncé à 25 millions de francs de créances».

Analyse insuffisante des risques

En juillet 2018, La Poste avait jugé «vraisemblable» que les bénéfices illicites réalisés par CarPostal aient «servi à renforcer les activités à l’étranger», en France et au Liechtenstein. Le CDF n’a pas approfondi cette question, qui fait partie de l’enquête de la Fedpol. Il constate cependant que, si La Poste a mal estimé le potentiel du marché français, c’est à cause d’une analyse insuffisante des risques. Les aléas évoqués étaient toujours les mêmes: les réactions de la concurrence – CPF a dû conclure un accord extrajudiciaire de 6,2 millions d’euros pour régler un litige avec trois rivaux iserans –, la qualité des prestations, les procédures d’adjudication et les grèves.

Ce catalogue de risques était produit par la centrale bernoise, uniquement en allemand. Il n’était donc pas «réalisé directement par l’équipe managériale sur place», déplore l’audit. Selon le CDF, le chiffre d’affaires par bus en France (159 000 francs) aurait dû alerter la direction du groupe, car il était nettement plus bas qu’en Suisse (391000 francs par bus).

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Pas de provisions

La Poste a annoncé l’an dernier son intention de vendre sa filiale française. Or, l’annonce de ce retrait peut inciter certains clients à ne pas renouveler leurs contrats, prévient le CDF. En cas de vente par lots, des conséquences sont à craindre pour le personnel de la centrale de Lyon et le parc de véhicules. Le CDF estime que La Poste n’a pas constitué de provisions pour prévenir ces risques. «Jusqu’à maintenant, aucune perte de valeur du portefeuille n’a été constatée», répond Lea Wertheimer, porte-parole de La Poste, qui précise que «les discussions avec les acheteurs potentiels se poursuivent».

Sur le plan de la gouvernance, le CDF recommande au département de tutelle de procéder à un examen plus régulier de la gestion des risques. Le département ne juge pas cela nécessaire. Mais le Conseil fédéral a mandaté un groupe d’experts pour analyser globalement la gestion des risques dans les entreprises publiques. Le CDF compte revenir à la charge dans ce cadre.

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