«Nous sommes convaincus que les risques de tremblements de terre en Suisse sont parfois sous-estimés. Surtout dans la conscience populaire. Ceci est en grande partie dû au fait qu'il n'y a pas eu de gros tremblement de terre durant les dernières décennies.» Pour Nicolas Deichmann, sismologue au Service sismologique suisse, il n'y a pas lieu de s'affoler. Pourtant, les résultats d'années de recherches sont là, résumés dans la nouvelle carte sismologique suisse présentée hier à Zurich.

Observation principale: ce risque a été revu à la hausse dans le Bas-Valais ainsi qu'à Bâle. Dans ces deux régions les plus exposées de Suisse, «on peut s'attendre à des séismes d'une magnitude entre 5 et 6 sur l'échelle de Richter», a annoncé le professeur Domenico Giardini, directeur de ce service rattaché à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Et vu la densité de construction importante, si un des forts tremblements du passé se répétait aujourd'hui, les dégâts pourraient atteindre le milliard de francs.

Selon le précédent relevé, qui datait de 1978, la région située entre Saint-Maurice et Sion était donc considérée comme moins susceptible de subir un événement sismique que la partie orientale du canton. Une zone rougeâtre, indicatrice d'un risque plus élevé, couvre désormais tout l'arc alpin, de Vevey à Airolo. «Cette nouvelle représentation est due à un changement de méthodologie, explique Nicolas Deichmann. L'ancienne carte se basait fortement sur le répertoire historique des tremblements de terre dans le Bas-Valais, qui étaient certes, durant les périodes de temps étudiées, moins nombreux que dans le Haut-Valais. Mais, à partir des connaissances acquises récemment, nous avons pu montrer qu'il n'existe aucun argument valable pour affirmer que le danger devait être différent entre les deux zones du canton. D'où la mise à niveau.» De même à Bâle, si le tremblement de terre ravageur de 1356 n'avait pas été répertorié dans des écrits, «les prédictions, selon l'ancienne méthode, auraient probablement été différentes concernant cette ville», poursuit le sismologue.

Outre une révision totale des catalogues historiques des événements sismiques, ces nouvelles données ont donc été déduites de fines analyses tectoniques, géologiques ou sédimentaires (dans les lacs), puis introduites dans des simulations. La carte présente désormais non seulement les intensités probables des événements, mais aussi la rapidité avec laquelle ils peuvent se produire pour une fréquence de vibration donnée. Selon les sismologues, ces extrapolations, valables pour les quelque 500 ans à venir, sont plus fiables. «Les zones à risques sont plus homogènes et moins morcelées – sans raison scientifique particulière – qu'avant», ajoute Nicolas Deichmann. Le Plateau et le Tessin apparaissent ainsi comme des zones à faible danger; le risque a même été réduit à Genève et autour du lac de Constance.

Si elles existent, les différences par rapport à l'ancienne carte ne s'avèrent toutefois pas phénoménales. «Elles correspondent en partie aux fourchettes d'incertitude qu'il faut inévitablement attribuer à ce genre de prédiction», précise le sismologue, qui ajoute que l'exercice avait également un autre objectif: faire prendre conscience aux politiciens ainsi qu'aux ingénieurs et architectes, mais aussi à la population dans son ensemble, que le calme qui règne dans le sous-sol suisse pourrait être trompeur.

Ainsi, même si la nouvelle norme antisismique SIA 261, concernant la construction des bâtiments et infrastructures, introduite en 2003, tient déjà compte de ces données récentes, la Suisse doit prendre de nouvelles mesures, estime Domenico Giardini: «Le respect de cette norme devrait être rendu obligatoire dans tous les cantons pour les édifices publics et privés.» Selon l'ATS, elle ne l'est pour l'instant qu'au niveau de la Confédération et en Valais. A ce sujet, l'EPFZ a calculé que son application n'entraîne qu'une augmentation des coûts de construction d'environ 1%. La question de l'assurance en cas de tremblement de terre devrait être réglée et un concept d'intervention d'urgence coordonnée développé, recommande aussi le professeur. «C'est seulement ainsi que la population suisse pourra être protégée efficacement.»

Par ailleurs, Swissnuclear, entité réunissant les exploitants des centrales nucléaires, a indiqué dans un communiqué que la sécurité des centrales nucléaires du pays de devait pas être réévaluée: «Les centrales ont été conçues pour des secousses beaucoup plus fortes que celles que la carte prend en compte.»