La nouvelle n'est pas encore officielle, mais confirmée par de nombreuses sources. Le Conseil fédéral a nommé Rita Adam, l'actuelle ambassadrice de Suisse à Rome, pour succéder en 2021 à Urs Bucher à la tête de la mission suisse à Bruxelles. Après l'arrivée de Livia Leu au poste de secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, ce sont donc deux femmes qui mèneront les pourparlers à Bruxelles pour clarifier les questions encore ouvertes de l'accord-cadre.

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Passée par la mission à l'ONU

Agée de 51 ans, Rita Adam a passé sa maturité à Bienne avant d'étudier le droit à l'Université de Berne. Après avoir travaillé au Tribunal de Thoune, elle rejoint le Département fédéral des Affaires étrangères, qui l'emploie à la mission suisse de l'ONU à Genève. En 2010, elle devient ambassadrice, d'abord au Liechtenstein, puis à Tunis et enfin à Rome depuis deux ans. A ce titre, elle tente d'inciter l'Italie à ratifier un accord bilatéral sur les frontaliers dont tous les détails sont réglés depuis 2015, mais que les Transalpins jugent trop favorables à la Suisse. 

L'intéressée confirme brièvement l'information. «J'ai été nommée à Bruxelles pour l'été prochain. C'est un honneur, mais aussi une mission exigeante pour laquelle j'ai beaucoup de respect». 

S'il est clair que la politique européenne se joue d'abord à la centrale du DFAE à Berne, le rôle du ou de la cheffe de mission auprès de l'UE est lui aussi important. Celle qui l'incarne est la courroie de transmission entre le Conseil fédéral et la Commission européenne. Elle est le visage suisse de la politique européenne, la personne qui doit mettre de l'huile dans les rouages en cas de problèmes. 

Un accord-cadre toujours en suspens

Et des problèmes, il y en a beaucoup actuellement. Les relations entre la Suisse et l'UE sont dans l'impasse. Après cinq ans de laborieuses négociations, les diplomates des deux camps sont parvenus à un projet d'accord institutionnel en novembre 2018. Mais le Conseil fédéral ne l'a pas encore signé. Voici un an, il a envoyé une lettre à la Commission européenne pour lui demander de rediscuter sur trois points: la protection des salaires suisses, les aides d'Etats et la directive européenne sur la citoyenneté. La Suisse entend garder la plus grande souveraineté possible sur ces questions dans le cadre de ce que les spécialistes appellent désormais «une stratégie d'immunisation». Voici deux semaines, le Conseil fédéral l'a approuvée, mais n'a pas voulu en dévoiler les détails. 

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De toute façon, personne ne s'attend à un aboutissement rapide, soit avant l'arrivée de la nouvelle ambassadrice à Bruxelles. Sa nomination constitue une relative surprise, même si Le Temps avait cité son nom comme outsider pour le poste de secrétaire d'Etat. Peu de gens la connaissent, même dans le sérail diplomatique. «C'est une grande travailleuse qui ne cherche pas à briller sous les projecteurs des médias», relève un diplomate. Avec elle, face à une Europe de plus en plus impatiente qui lui réclame cet accord institutionnel depuis dix ans, la Suisse fera profil bas pour mieux tenter d'aboutir à une solution.