Les pourfendeurs du rite destiné à célébrer l’union de couples homosexuels dans les temples réformés vaudois relancent leur combat. Le comité de la Déclaration de Cugy, expression de la fronde, regrette l’attitude du Synode, qui s’est réuni il y a une dizaine de jours. Dans un court commentaire, le groupe reproche au parlement de l’Eglise protestante d’ignorer les avis divergents d’une minorité consistante. «Le Synode, s’attristent-ils, a écarté presque sans discuter la pétition de près de 3000 signatures qui demandait un moratoire pour permettre un vrai dialogue.»

Pierre Bader réaffirme également de vive voix ses doléances. Le pasteur de Corsier-sur-Vevey avait entrepris une grève de la robe pour protester contre une première délibération du Synode favorable au rite, en novembre 2012. La décision avait provoqué une vague de dissensions dans les rangs des ministres et des fidèles.

Aujourd’hui, comme alors, les opposants accusent le législatif d’être en porte-à-faux avec sa base. Le Synode ne recouvre pas «la pluralité des sensibilités théologiques et spirituelles», avance Pierre Bader. A son image, calcule le ministre, près d’un tiers des protestants vaudois seraient proches du courant évangélique, attachés à une lecture «littérale» de l’Evangile. Le Synode n’en compterait que 5% et aucun dans l’exécutif. C’est pourquoi Shafique Keshavjee, pasteur, encourage sur son blog «tous les réformés qui ne se reconnaissent pas dans ce rite (anciens libristes, réformés évangéliques, réformés œcuméniques…) à s’engager pour être mieux représentés dans les instances dirigeantes de l’Eglise».

Malgré les efforts et même après avoir adopté une résolution rappelant l’unité dans la diversité des réformés le 21 et 22 septembre derniers, le fossé reste profond. Du côté du Synode, les délégués ont confirmé largement le vote de 2012. Soucieux d’apaiser les esprits sans renoncer au rite, le parlement a admis toutefois l’objection de conscience. Par contre, une paroisse ne pourra interdire la pratique chez elle.

Toujours dans le but de rapprocher les camps, le Synode a distingué le mariage, bénédiction de l’union entre une femme et un homme, du rituel proposé aux couples gays. Pour ce faire, l’assemblée a esquissé quelques éléments liturgiques de l’office. La lecture biblique et la prédication, le rappel du lien de partenariat, voire la prière pour les personnes unies par le partenariat enregistré en feraient partie. Quant aux éléments symboliques, ils n’ont pas été arrêtés.

Le conseil synodal, exécutif, a précisé lors de la session du Synode qu’il y aurait une phase d’apprentissage, puis d’évaluation. Les débats vont se poursuivre en novembre. Une fois la démarche aboutie, le rite entrera immédiatement en vigueur.

Du côté des réfractaires, le compromis n’est pas à l’ordre du jour. Pierre Bader refuse l’idée d’un rite. Quel qu’il soit, car «il est faux d’affirmer que la Bible n’est pas opposée à l’homosexualité.» Si en Suisse alémanique, quelques cantons ont admis la célébration, en terre vaudoise elle trouble les consciences. Le conflit déborde le clivage entre «évangéliques» ou conservateurs, «progressistes», voire libéraux. «Je parviens à suspendre tout jugement sur un couple homosexuel mais je ne parviens pas à lui offrir la caution symbolique d’un rite. Toutes proportions gardées, je me sens comme Jésus qui ne veut pas condamner cette femme prise en flagrant délit d’adultère, sans pour autant cautionner son acte et s’opposer aux Ecritures», écrit Gérard Pella, pasteur à Vevey.

Finalement, les adversaires du rite dénoncent l’entêtement du Synode, qui provoque les divisions. «La moindre des choses serait de reconnaître qu’une telle décision crée des obstacles dans l’approfondissement de la communion ecclésiale, note dans un texte Martin Hoegger, ministre au Mont-sur-Lausanne. Une attitude résolument œcuménique chercherait à surmonter ces obstacles, non pas à en créer de nouveaux

Pourtant, Pierre Bader, au même titre que ses confrères, ne se perçoit pas en extrémiste. Il qualifie son orthodoxie de «généreuse». D’ailleurs, tous invitent le Synode à imaginer «un véritable accompagnement des homosexuels». Une scission ne couve donc pas à Cugy, commune au nord de Lausanne, devenue désormais synonyme de contestation à l’égard du rite. Réagissant à la décision du Synode, 180 personnes issues de 30 paroisses s’étaient rassemblées une première fois en novembre 2012 et avaient signé une déclaration hostile au projet. Puis, de veillée en prière, Cugy est devenue leur quartier général.

Face à l’opposition frontale, les autorités ecclésiales, qui ne reculeront pas, semblent empruntées. Pour David Freymond, président du Synode, «c’est une page difficile de l’histoire de l’Eglise». Optimiste, le pasteur de la paroisse lausannoise de La Sallaz croit cependant aux retrouvailles. En fin des compte, le thème qui divise «est marginal. Une majorité silencieuse, probablement contraire au rite, attend dans son for intérieur que l’on passe à autre chose.»

Line Dépraz, membre du Conseil synodal, ne se cache pas que la frange qui mène la fronde ne changera pas d’avis. Alors que d’autres, constate-t-elle, réticents au début, ont évolué. Les autorités, insiste Line Dépraz, «sont toujours prêtes au dialogue. Ces dernières ont tendu la main. La déclaration du Synode [invitant] à ne pas remettre en cause la foi commune sur fond de divergences sur l’homosexualité va dans ce sens.» L’exécutif, concrètement, a invité une délégation d’opposants à rééditer la rencontre qui avait eu lieu après la décision du mois de novembre 2012.

Quant à la représentativité du Synode, Line Dépraz rappelle que les paroisses élisent leurs délégués. Les couleurs théologiques du parlement ne correspondent pas nécessairement à leur présence sur le territoire. Or, les évangéliques, constate-t-elle, ne sont pas répartis de façon homogène. Ils se retrouvent plutôt dans certaines paroisses. Le nombre d’élus peut ainsi ne pas correspondre à leur effectif. Quoi qu’il en soit, «créer des partis, comme certains l’ont suggéré, irait à l’encontre de la mission et des services que l’Etat confie à l’Eglise et qu’il finance», conclut Line Dépraz.

Pierre Bader refuse le rite, car «il est faux d’affirmer que la Bible n’est pas opposée à l’homosexualité»