Au fur et à mesure que la route qui longe le lac de Neuchâtel s'approche du vieux village de Portalban, la végétation dense, où se mêlent des pins rappelant les Landes, des chênes au vert tendre et, plus près de l'eau, des roseaux ondulants, s'éclaircit. Ça et là, cachées par des buissons, quelques villas rêvées par des architectes bordent la chaussée.

En arrivant au cœur de Portalban, une quinzaine de fermes du XVIIIe siècle caractéristiques de l'architecture de la Broye se toisent, imposantes, comme pour confronter leur beauté. Les toitures en tuiles rouges sont évasées sur les flancs; les parties habitables sont recouvertes de chaux blanche avec des pierres sablonneuses apparentes aux angles, tandis que l'arrière et la partie supérieure des bâtisses sont revêtus d'une boiserie couleur ébène.

«Les derniers agriculteurs, deux frères, ont définitivement rangé leurs outils et vendu leurs bêtes il y a deux ans», rapporte Emile Déjardin, buraliste postal et natif de Portalban. «Alors que quand j'étais jeune, poursuit-il, il y en avait une quinzaine.» La seule activité traditionnelle qui subsiste dans le village est la pêche. Quatre pêcheurs professionnels jettent encore quotidiennement leurs filets dans le lac pour y prendre perches, brochets, ombles et autres salmonidés.

Depuis les trente-quatre années qu'il distribue et expédie le courrier dans ce village de la Broye fribourgeoise, Emile Déjardin assiste à la transformation fulgurante de Portalban: «Le centre est le même, car les fermes sont régulièrement entretenues par leurs propriétaires. Ce qui lui permet de garder son caractère.» En revanche, le village s'est agrandi, grâce à l'attrait pour son environnement naturel: le lac situé à quelques centaines de mètres dont la vue, qui va de Grandson jusqu'à Marin, donne directement sur Neuchâtel; et la Grande Cariçaie, la zone protégée de la rive sud du lac qui sert de réserve ornithologique et qui préserve Portalban des excès de bétonnage. Entourées de verdure, les maisons individuelles qui encerclent le village se font relativement discrètes.

«Depuis l'ouverture, l'année dernière, de l'A1, des dizaines de personnes qui possédaient ici leur villégiature l'ont transformée en résidence principale et se rendent chaque jour à Berne, Fribourg ou Yverdon», remarque Emile Déjardin. En trente ans, la population aurait ainsi triplé pour atteindre désormais quelque 600 personnes.

Portalban est traversé en son milieu par un ruisseau, la Contentenetta qui sépare étrangement le village. En effet, ce filet d'eau marque la frontière administrative entre la commune de Portalban et celle de Delley, alors que le bourg est homogène. Conséquence, Delley, dont le cœur du village est situé à un kilomètre, dans les terres, est également responsable du développement du village lacustre en y ayant notamment construit un port de bateaux de plaisance pour 900 places.

«Cette proximité surprenante devrait normalement déboucher sur une fusion», prédit le postier, au courant des confidences.

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