Suisse-UE

Roberto Balzaretti, le retour gagnant

Le Conseil fédéral nomme le diplomate tessinois comme nouveau patron des Affaires européennes avec le titre de secrétaire d’Etat

C’était un autre siècle. Le 20 mai 1992, un jeune Tessinois de 27 ans a l’honneur d’accompagner l’ambassadeur Bénédict de Tscharner pour remettre à Bruxelles la demande d’adhésion – ou plutôt de l’ouverture de négociations – de la Suisse à ce qui s’appelle encore la Communauté économique européenne (CEE). Ce stagiaire diplomatique n’est autre que Roberto Balzaretti, qui est devenu ce mercredi le nouveau responsable du dossier européen.

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Entre ces deux moments, plus de vingt-cinq ans ont passé. La Suisse a d’abord refusé d’adhérer à l’Espace économique européen (EEE), puis a fini par ouvrir une voie bilatérale d’abord couronnée de succès, mais aujourd’hui dans l’impasse. Roberto Balzaretti sera-t-il l’homme providentiel pour en sortir en concluant avec l’UE cet «accord d’accès au marché», comme on l’appelle désormais? Le Conseil fédéral y croit, car il lui a conféré le titre de secrétaire d’Etat, et cela dès le 1er février déjà. Pour le nouveau patron des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, l’aspect structurel est l’un des éléments de sa politique du reset. «Il n’y aura plus qu’un commandant» à la direction des Affaires européennes. C’est dire que les deux pilotes actuels, Henri Gétaz et la secrétaire d’Etat Pascale Baeriswyl, sont déchargés du dossier. C’est connu, le premier part pour l’AELE. Et la seconde? «Elle aura assez à faire dans le reste du monde», affirme Ignazio Cassis. Celui-ci a assuré que l’appartenance au Parti socialiste de la secrétaire d’Etat «n’a joué aucun rôle».

Louanges en Suisse

L’homme du jour, c’était donc Roberto Balzaretti. Celui-ci a l’avantage d’être connu comme le loup blanc tant dans la Berne fédérale qu’à Bruxelles. La majorité de ses interlocuteurs passés ou présents reconnaissent d’énormes qualités à ce Tessinois de 52 ans, père de cinq enfants: «C’est un garçon brillant, très responsable et intelligent au sens politique très affiné. Il en a fait montre auprès de Micheline Calmy-Rey dont il a été le chef de cabinet de 2004 à 2007», confie un diplomate suisse.

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Mission en deux temps à Bruxelles

A Bruxelles aussi, Roberto Balzaretti a laissé le souvenir d’un homme «compétent, bien introduit, et qui devrait comprendre la vision de l’UE pour ainsi permettre de trouver un chemin», selon les termes d’un haut fonctionnaire européen. A son arrivée à la tête de la mission suisse à Bruxelles à l’été 2012, l’UE est encore mal en point tandis que la Suisse et son nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Yves Rossier, pensent pouvoir rénover la voie bilatérale à leur avantage. Roberto Balzaretti succède à l’ambassadeur Jacques de Watteville, qui jouit d’une excellente réputation. Une transition exigeante qu’il assure avec brio. «Ce n’est pas un technocrate aux répliques cinglantes qui ne tient pas compte du contexte politique», estime Jean Russotto, avocat suisse installé à Bruxelles. «Roberto Balzaretti dispose d’une intelligence supérieure à la moyenne», ajoute un autre interlocuteur bruxellois. Revers de la médaille, «cela rend les relations parfois difficiles avec des gens moyens». Il est ainsi considéré par certaines sources comme «arrogant et superficiel».

Après le vote suisse du 9 février 2014 sur l’initiative «Contre l’immigration de masse» de l’UDC, le flamboyant Roberto Balzaretti semble pourtant avoir davantage de mal à peser à Bruxelles. Le Conseil fédéral peine à réorienter sa stratégie, ce qu’il vit avec amertume. Il se retrouve dans un rôle défensif. Il est auditionné en mai 2015 devant le Parlement européen. Une audition peau de banane qui aurait pu tourner à la condamnation du cas suisse. Or «il a su défendre la voie bilatérale avec conviction et fermeté, assurant que la Suisse n’était ni un pays anti-européen, ni xénophobe», se souvient Jean Russotto. Mais il a peut-être sous-estimé la réforme de la Commission européenne de Jean-Claude Juncker et la politisation des dossiers. «Il n’a pas compris assez vite qu’il n’y aurait rien à négocier sur la libre circulation des personnes», nuance un autre interlocuteur.

Pas un «euroturbo»

La fin de sa période bruxelloise est marquée par un couac. Lors d’un entretien off the record, soit dont les propos ne sont donc pas destinés à publication, Roberto Balzaretti se fait trop direct en pleine campagne du Brexit: «Si les Britanniques croient qu’ils pourront obtenir un régime spécial de l’UE, ils se trompent. Ils devraient s’enquérir de la position de la Suisse. Etre membre de l’UE, c’est plus agréable», confie-t-il.

Mais une journaliste de Politico Europe publie ces déclarations, qui créent la polémique en Suisse. «Il est inacceptable qu’un diplomate suisse s’immisce dans la politique d’un autre pays», s’insurge-t-on à l’UDC. Le mal est fait: en Suisse alémanique surtout, le Tessinois passe désormais pour un «euroturbo». Ce qu’il n’est pas: c’est un «euroréaliste» à la fibre patriotique chevillée au corps. Il est bien loin le temps où le jeune diplomate pensait que la Suisse prenait le chemin d’une adhésion à l’UE.

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