Dans son enfance, Roberto Schmidt ne jouait pas aux gendarmes et aux voleurs avec ses amis. Ni à cache-cache. Son passe-temps favori était de recréer des cérémonies religieuses. Il incarnait le curé et ses amis jouaient les servants de messe. A la maison aussi, il célébrait le culte. Adulte, il se voyait porter le col romain ou la soutane et s’imaginait même vivre dans un monastère. Cinq décennies plus tard, c’est pourtant le costard-cravate de conseiller d’Etat valaisan qu’il arbore, et sa «maison» c’est le palais du gouvernement, trônant fièrement sur la place de la Planta à Sion.

Le déclic a lieu à 18 ans, en 1980. Le Haut-Valaisan décide que, finalement, il ne sera pas curé. Son cursus le conduit à Fribourg, où il obtient une licence de droit, qui le propulse juriste à l’Etat du Valais, puis l’emmène petit à petit vers la politique et le CSPO, le Parti chrétien-social du Haut-Valais, affilié au PDC. Mais de son envie enfantine demeurent quelques traits aujourd’hui. Chaque année, depuis dix ans, il accompagne, par exemple, des malades dans leur pèlerinage à Lourdes, en tant que brancardier. «La faculté indispensable pour être curé, tout comme pour être politicien, c’est l’écoute. Les gens attendent au moins cela de la part d’un homme politique», souligne Roberto Schmidt.

A l’écoute des concitoyens

Cette doctrine, il l’applique au quotidien. Sa porte est toujours ouverte pour prêter l’oreille aux doléances de ses concitoyens. «C’est un peu comme une confession, au sens positif du terme. Les gens viennent me faire part de leurs problèmes ou de leurs mécontentements», indique le ministre chargé des Finances et de l’Energie, depuis 2017. Si cette attitude lui vaut certaines heures supplémentaires et, parfois, quelques remarques de ses collaborateurs, qui estiment qu’il en fait trop, Roberto Schmidt ne compte pas changer pour autant. C’est sa vision de la politique, celle qu’il a toujours pratiquée.

La politique pour lui ne se fait pas contre, mais avec les autres. Dans son bureau, une porte en bois miniature, d’une quarantaine de centimètres, comportant deux serrures, symbolise cette vision. «Pour ouvrir cette porte, il faut être deux. Dans la vie, comme en politique, pour avancer, il faut toujours trouver des solutions ensemble», détaille-t-il. Roberto Schmidt, alors président du gouvernement, avait utilisé cette maquette, en janvier dernier, lors des vœux des autorités à la population pour faire passer ce message. Il aurait pu ne jamais le faire. «Je n’aime pas que la lumière soit sur moi. Lorsque ce fut à mon tour d’être président du Conseil d’Etat, j’ai proposé de laisser ma place à mon collègue Christophe Darbellay, à qui le poste revenait l’année suivante selon le tournus en vigueur», avoue-t-il. La législation ne le lui permettant pas, il a assumé cette casquette une année durant.

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Modeste, l’homme fort

Quand on lui fait remarquer que nombreuses sont les personnes à dire de lui qu’il est l’homme fort du gouvernement valaisan, sa modestie prend à nouveau le dessus. Le Haut-Valaisan n’aime pas entendre cette vérité. «Le Conseil d’Etat est une équipe, qui travaille très bien ensemble. Chaque membre a son style et apporte sa pierre à l’édifice. On gagne ou on perd en équipe», appuie-t-il, une nouvelle fois.

La défaite en politique, Roberto Schmidt l’a pourtant connue à titre personnel. En 2011, alors qu’il siège au Conseil national depuis quatre années, le chrétien-social n’est pas réélu. Un jeune socialiste du nom de Mathias Reynard lui chipe son fauteuil. La défaite est d’autant plus dure à accepter que le Haut-Valaisan a été plébiscité par les siens, finissant meilleur élu d’outre-Raspille, devant l’actuelle conseillère fédérale Viola Amherd. Mais le système proportionnel a parlé, Roberto Schmidt doit quitter la coupole fédérale, qu’il retrouvera quatre ans plus tard, pour se consacrer à son poste de président de la commune de Loèche.

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«Mon fitness psychique et physique, c’est la musique»

Il trouve du réconfort dans la musique, sa passion depuis sa plus tendre enfance. Si, après son élection au gouvernement cantonal, Roberto Schmidt a dû abandonner la direction de chorales et de fanfares, qu’il pratiquait depuis l’âge de 19 ans, la musique est toujours primordiale à son équilibre personnel. «Certains membres du Conseil d’Etat font du sport pour décompresser. Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas mon cas, rigole-t-il. Mon fitness psychique et physique, c’est la musique.»

Son emploi du temps de ministre étant chargé, Roberto Schmidt se rend aux répétitions de la chorale ou celles de la fanfare, avec son euphonium, quand il le peut. Mais parfois, le besoin s’impose à lui. «Après certaines journées difficiles ou lorsque je dois traiter des dossiers compliqués, il me faut un break musical. Le chant est la meilleure méthode, selon moi, pour décompresser. Ces pauses musicales m’aident à reprendre le travail dans de meilleures conditions par la suite», indique le ministre, qui a toujours une passion intacte pour la politique. «Il est nécessaire d’avoir du plaisir à faire ce métier. Le jour où je n’en aurai plus, j’arrêterai. Et une chose est sûre, je ferai à nouveau de la musique plus intensément.»


Profil

1962 Naissance à Sierre.

1980 Décide de ne finalement pas devenir curé.

1981 Fait ses débuts de directeur de fanfare et de chorale.

2000 Premier mandat politique au Conseil communal de Loèche.

2010 Mariage avec Christa.

2017 Election au gouvernement valaisan.


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