L’un s’appelle Tobi, l’autre Lena. Il ne s’agit pas de noms d’enfants, mais de robots qui produiront dimanche de courts textes basés sur les résultats des votations. Le premier a été développé par le groupe de presse Tamedia, l’autre par l’agence de presse nationale Keystone-ATS.

Tobi a déjà été testé en juin et en septembre, mais uniquement sur Berne et Zurich. La nouveauté cette fois? En plus d’avoir appris le français, le robot peut désormais analyser les données des votes de toute la Suisse, fournies par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Des informations qu’il transformera en 40 000 textes (en allemand ou en français) d’environ 2000 signes.

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Le but de ces énoncés? Ils s’adressent à chaque citoyen qui souhaiterait une analyse personnalisée du vote de sa commune. Actuellement, «on peut obtenir ces informations en regardant plusieurs tableaux ou lire plusieurs articles, mais c’est fastidieux. Ainsi le grand public aura quelque chose d’inédit», explique Titus Plattner, journaliste de la cellule enquête Tamedia et chef de projet.

Texte sobre mais personnalisé

Comment ça marche? Une dizaine de journalistes ont planché sur les scénarios possibles et créé des bouts de textes: le robot pourra ainsi piquer parmi ces «briques» pour composer des phrases selon ce que les utilisateurs cliquent. Sur une plateforme opérationnelle sitôt les résultats connus, les internautes indiquent leur code postal et, si souhaité, leur intention de vote.

Exemple si l’on choisit la ville de Berne avec trois fois oui aux dernières votations: «On ne peut pas toujours être du même avis que sa commune. En votant trois fois oui, vous partagez néanmoins l’avis de la majorité à Berne pour deux des trois objets […]. Le taux de participation de la commune était de 40%, la moyenne suisse de 37%. La participation communale était supérieure de 5% à celle du canton.» Le style est certes sobre, mais il a été fait en sorte qu’il soit fluide et naturel, dit Titus Plattner.

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Au-delà du simple résultat, le robot peut donc aussi le mettre en perspective. Si Tobi peut créer un texte qui colle à la typologie de la commune, il ne peut pas faire d’analyse approfondie, souligne le chef de projet. Une tâche qui incombe aux journalistes en chair et en os. En revanche, il est impossible pour une rédaction de rédiger 40 000 dépêches en une journée.

Robot agencier

L’agence de presse Keystone-ATS déploie un dispositif similaire, prénommé Lena. Elle a d’ailleurs annoncé son opération robot le même jour que Tamedia. Pur hasard? «C’est dans la tendance de disposer d’outils qui facilitent le travail. Nous sommes attentifs à ces nouvelles technologies, déjà largement utilisées par d’autres médias» comme Associated Press et Le Monde, explique Federico Bragagnini, rédacteur en chef des services français.

Les quelque 2000 dépêches de 400 à 600 signes produites par Lena ne sont pas directement destinées aux lecteurs, mais aux clients de l’agence. Le but est de fournir de la matière brute aux médias, qui pourront l’utiliser pour approfondir certains aspects. Se basant elle aussi sur les résultats de l’OFS, Lena créera une dépêche par commune – mais non personnalisable. En gros, l’algorithme traduira un tableau en un texte.

Objectif: élections fédérales

Qu’espérer de cette opération robot? Proposer un texte par commune permet de «toucher un public hyper-local; il peut y avoir un intérêt à ce niveau», estime Federico Bragagnini. Après ce premier essai, Keystone-ATS compte poursuivre sur sa lancée. Les algorithmes sont également des outils prometteurs dans les domaines du sport et de l’économie, poursuit le rédacteur en chef. Aussi en phase expérimentale, Tamedia prévoit néanmoins d’utiliser Tobi pour des élections cantonales, puis fédérales, en 2019. «C’est un objectif que nous nous sommes fixé», dit le porte-parole. La programmation de Tobi devra néanmoins être affinée d’ici là.