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Rocco Cattaneo, conseiller national PLR (TI) et champion cycliste. 
© © 2013 Béatrice Devènes

Portrait

Rocco Cattaneo a troqué ses deux-roues contre un siège

Le successeur d’Ignazio Cassis est venu du Tessin à Berne à vélo. Ancien champion cycliste, il espère sensibiliser le monde politique à la nécessité d’aménager des pistes cyclables en Suisse. Il est l’un des rares sportifs sous la coupole fédérale

Il n’est pas rare de voir des membres du parlement se rendre au Palais fédéral à bicyclette. Mais ce plaisir est généralement réservé à ceux qui habitent tout près. Il est moins fréquent qu’un conseiller national parcoure 250 kilomètres sur son deux-roues pour aller participer à une session parlementaire. C’est ce qu’a fait Rocco Cattaneo le 25 novembre. Successeur d’Ignazio Cassis, le libéral-radical tessinois a choisi de marquer son arrivée sous la coupole fédérale par un geste symbolique: se rendre de son domicile de Bironico, sur le Monte Ceneri, à Berne sur son vélo de course. Il n’a fait qu’une seule entorse à l’objectif qu’il s’était fixé: le col du Gothard étant enneigé à cette saison, il a pris le train entre Airolo et Göschenen, avant d’enfourcher à nouveau sa bécane avec son ami Mauro Gianetti. Il lui a fallu huit heures pour parcourir ces 250 kilomètres, ce qui fait une moyenne d’un peu plus de 30 km/h.

Rocco Cattaneo a écrit quelques jolies pages du cyclisme suisse. Né le 6 décembre 1958, il a été champion de Suisse sur route juniors en 1976, remporté une étape du Grand Prix Guillaume Tell en 1985, pris deux fois le départ du Giro, participé à trois Tours de Suisse – avec un cinquième rang à la clé en 1987 –, à deux Tours de Romandie et à quatre Championnats du monde sur route. Après avoir mis un terme à sa carrière, il s’est mis à disposition pour organiser les épreuves destinées à ses successeurs, en particulier les Championnats du monde sur route à Lugano en 1996 et les Championnats du monde de VTT en 2003, également autour de Lugano.

Le Danemark en exemple

S’il a rallié Berne à vélo, ce n’est pas uniquement pour le plaisir. «J’ai fait ça pour sensibiliser les gens à la question de la sécurité des cyclistes. Et c’était aussi un moyen de faire de la publicité en faveur de l’initiative populaire pour la promotion du vélo ainsi que le contre-projet du Conseil fédéral», confie-t-il. Les deux textes demandent l’aménagement de voies cyclables dans tout le pays, le contre-projet étant moins contraignant que l’initiative. «C’est le moyen de transport du futur, surtout dans les agglomérations. Or, les infrastructures font encore défaut en Suisse. On peut prendre le Danemark en exemple», analyse-t-il. C’est l’un des combats qu’il va mener à Berne, où il a d’ailleurs acheté un citybike pour se déplacer de son hôtel au Palais fédéral.

Paradoxalement, c’est dans le domaine des carburants qu’il mène ses activités professionnelles. Avec sa sœur et son frère, il a repris City Carburoil SA créée par leur père. Cette société exploite un réseau de stations-service. Mais il se consacre aussi au développement touristique de sa région: il possède un parc aquatique et préside la société de remontées mécaniques du Monte Tamaro.

Pour une candidature unique

La politique, il y est arrivé par une double voie: par héritage familial et par le sport. Son père a été pendant vingt-cinq ans maire libéral-radical de Bironico, commune désormais fusionnée au sein d’une entité plus grande nommée Monteceneri dont la syndique est… son épouse Anna Celio Cattaneo. «Quand j’étais enfant, nous discutions de sujets politiques et écoutions le journal de 12h30 à la radio. Lors de mes études en économie à l’Université de Zurich, nous parlions aussi de politique», se souvient-il. Il a siégé pendant seize ans au législatif de sa commune.

Sur le terrain du sport, il a été membre du comité directeur de l’Union cycliste internationale (UCI) de 2001 à 2005 et préside aujourd’hui, ad interim, l’Union européenne de cyclisme (UEC), après que son prédécesseur David Lappartient a été élu à la tête de l’UCI. Le sport menant à tout, le PLR l’a sollicité en 2011 pour être candidat au Conseil national. Il ne fut pas élu. Idem en 2015, mais sa position d’outsider lui a permis de succéder à Ignazio Cassis lorsqu’il fut élu au Conseil fédéral pour remplacer Didier Burkhalter. Ancien président du PLR tessinois, il avait dès le départ défendu l’idée d’une candidature unique de celui qu’il remplace désormais – «Ignazio Cassis était l’homme de la situation», assure-t-il – et s’est opposé à un double ticket avec Laura Sadis ou le conseiller d’Etat Christian Vitta.

Des débuts pas faciles

A Berne, les débuts ne sont pas faciles. Arrimé à son fauteuil à l’intérieur de l’hémicycle, Rocco Cattaneo apprivoise tant bien que mal les usages et redoute de manquer un vote. Il a pris la commission qu’on lui a donnée, comme le veut une règle tacite qui ne fait guère de cadeaux aux nouveaux arrivés: celle de la sécurité, qui n’est pas son terrain de jeu préféré. Il se sentirait plus à l’aise dans la Commission de l’économie. «Je suis entrepreneur, ce serait donc logique. Je souhaite défendre la plus grande liberté de manœuvre possible pour les PME, créatrices d’emplois», souligne-t-il. Il a ainsi soutenu un postulat de Philippe Nantermod qui demande de définir un statut juridique et social clair pour les travailleurs du numérique.

Rocco Cattaneo rejoint la liste relativement limitée des sportifs d’élite qui ont troqué leur combinaison pour l’habit de politicien. Il se retrouve en compagnie du bobeur Marcel Dobler, PLR lui aussi, et de la démocrate-chrétienne argovienne Ruth Humbel, ancienne championne de course d’orientation. Avant eux, le hockeyeur et entraîneur Simon Schenk (UDC/BE), l’athlète Werner Vetterli (UDC/ZH) et le gymnaste Peter Aliesch (PLR/GR) avaient siégé sous la Coupole.

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