Les chauffards de la rue de Lyon ont bien fait la course mais ils n’ont pas accepté l’éventualité très vraisemblable de tuer. Le Tribunal correctionnel de Genève écarte ainsi le meurtre par dol éventuel réclamé par le Ministère public. Les deux jeunes conducteurs sont principalement reconnus coupables d’homicide par négligence et de violations graves de la loi sur la circulation routière. Tony*, celui qui a heurté un piéton au volant d’une BMW lancée à 150 km/h, est condamné à une peine de prison de 4 ans. Son acolyte de rodéo écope de 3 ans, dont 12 mois ferme.

Course-poursuite établie

Le parquet ne tient toujours pas ses meurtriers de la route. Certes, les juges ont admis la thèse de la course-poursuite. Les prévenus, qui ne se connaissaient pas, se sont bien chauffés mutuellement par des coups d’accélérateur, des démarrages en trombe et des conduites parallèles à des «vitesses vertigineuses». «Ils ont ainsi voulu montrer leur propre supériorité par la puissance de leur véhicule et leur talent de conducteur», relève la présidente Alexandra Banna. La Subaru a commencé à faire le show et ne s’est pas dissociée de la course avant le drame.

Cette folle rivalité, de nuit et sur une route fréquentée, ne suffit toutefois pas à retenir que les jeunes gens ont accepté la forte possibilité de tuer. Le dépassement d’un bus par la gauche, manœuvre qui s’est finalement révélée fatale, était envisageable sans qu’une perte de maîtrise paraisse inéluctable. Dans sa représentation de la situation, Tony pouvait penser que la voie était libre mais il a été surpris par la présence d’une autre voiture, s’est retrouvé à contresens, ébloui par des phares et face à des piétons qui traversaient au rouge.

Cas limite

Le tribunal reconnaît qu’il s’agit là d’un cas limite. La jeunesse et l’inexpérience de Tony, qui conduisait pour la première fois la BMW de son copain, démontrent aussi qu’il n’était pas un habitué de rodéos routiers. Il a surestimé ses propres capacités et sous-estimé le danger. Pour avoir pris des risques inconsidérés, il a fait preuve de négligence consciente. Tout comme le conducteur de la Subaru, sans qui la course n’aurait pas eu lieu. Sergio est également reconnu coupable d’homicide et de lésions corporelles graves par négligence car son comportement est «étroitement lié à la survenance de l’accident».

Les juges sont également convaincus que Sergio et son passager, Tarek*, ont vu les piétons et ont quitté les lieux sans porter secours au mourant. Cela vaut un délit de fuite pour le premier. Et une omission de prêter secours sous la forme du délit impossible (car le blessé n’aurait pas pu être sauvé) pour le passager, lequel se voit infliger 180 jours-amendes avec sursis pour sa lâcheté.

Peines sévères

Les peines infligées à Tony et Sergio sont sévères. Le jugement évoque une «conduite intolérable qui a brisé à jamais l’équilibre de plusieurs familles et des mobiles égoïstes». Tony, accablé par la culpabilité, est mis au bénéfice du repentir sincère. La prise de conscience de Sergio est plus imparfaite mais ce dernier obtient une peine compatible avec un sursis partiel car ce n’est pas lui qui a franchi ce passage piéton à une vitesse hallucinante.


Lire sur ce procès: