Médias

Roger de Diesbach est mort

Ancien rédacteur en chef de la Liberté, créateur du bureau d’enquête BRRI, Roger de Diesbach a été une figure marquante du journalisme romand. Il s’est éteint lundi soir à l’âge de 65 ans.

Roger de Diesbach n’est plus. C’est le journal La Liberté, qu’il a dirigé entre 1996 et 2004, avant de le quitter pour raisons de santé, qui l’annonce sur son site.

Né en 1944, Roger de Diesbach a été une figure puissante et originale du journalisme romand. Investigateur enjoué et passionné, il a affirmé dès ses débuts à l’Agence télégraphique suisse (ATS) où il a été engagé en 1974, sa passion pour la recherche de l’information originale. Les enquêtes qu’il a menées en 1984-1985 avec Ariel Herbez (aujourd’hui collaborateur du Temps) sur les contrats de la firme Pilatus font tanguer le monde politique helvétique.

Correspondant à Berne de ce qui était encore la Tribune de Lausanne en 1976, il quitte le quotidien dix ans plus tard au moment où celui-ci devient Le Matin. La création du Bureau de reportage et de recherche de l’information (BRRI), qui intervient à ce moment, s’inscrit contre une évolution qu’il ne cessera de combattre par la suite et qui voit monter en puissance une culture médiatique axée sur la communication plutôt que sur la recherche indépendante de vérités pas toujours bonnes à dire.

Le BRRI sera le vivier de nombreux jeunes journalistes qu’il orientera vers l’investigation. Mais il ne survivra pas aux restructurations qui marquent la presse romande au début des années 1990. Roger de Diesbach devient alors le responsable de la rubrique suisse du Journal de Genève et Gazette de Lausanne, où il imprime pendant deux ans sa culture de l’enquête, avant de répondre à l’appel de son canton d’origine, dont le quotidien régional, La Li berté, cherche un nouveau rédacteur en chef.

C’est à ce poste, qu’il occupe avec son indépendance d’esprit, son entrain et sa générosité de toujours, que la maladie le rattrape en 2004. Il quitte le gouvernail du quotidien mais en reste collaborateur jusqu’en 2007. Il contribue, à la même époque, à la naissance du groupe de journalistes réunis sous la bannière de l’Information en danger, qui dénoncent les dérives commerciales dans les médias romands. En 2007, il publie Presse futile, presse inutile, mi-livre de souvenirs, mi-plaidoyer pour un journalisme curieux et indépendant.

Ce métier exigeant qu’il n’a cessé de défendre, il a également eu à cœur d’en transmettre les valeurs. A de nombreux jeunes journalistes qui ont eu la chance de croiser son chemin et à des confrères africains, auxquels il a donné des cours d’investigation.

Sélection d’articles parus dans le Journal de Genève

Le «cheikh François» Genoud a joué au terroriste (25.01.1996)

Course-poursuite pour raconter la vie du nazi suisse François Genoud (24.01.1996)

Piquons l’or des sectes! (éditorial du 28.12.1995)

39-45: l’énorme bluff de la dissuasion suisse (20.12.1995)

Insulte aux soldats de la paix (éditorial du 23.11.1995)

Le 16 mars à 17h, la recrue P. décède (18.11.1995)

L’armée doit cesser de s’autodétruire (25.10.1995)

L’épouvantail à soldats (éditorial du 20.06.1995)

Otto Stich: un petit homme sous-estimé qui a grandi tout seul (31.08.1995)

L’histoire nous jugera aussi (éditorial du 12.07.1995)

Comme le CICR la Croix-Rouge suisse aussi a renié ses héros (27.04.1995)

Une Suisse vraiment exceptionnelle (éditorial du 28.03.1995)

Regarder la réalité dans les yeux (éditorial du 25.02.1995)

Dérangez-nous, S.V.P.! (éditorial du 13.10.1994)

Morts du mal de vivre (éditorial du 06.10.1994)

Berne: le style «pschitt»! (éditorial du 03.09.1994)

La deuxième mort du journal «La Suisse» (25.07.1994)

Voyage au pays du racisme suisse (13.07.1994)

Jeunes étrangers, pardon! (commentaire du 13.06.1994)

Oui aux Casques bleus (éditorial 07.06.1994)

Publicité