Huées, brouhaha réprobateur et applaudissements nourris pour ses contradicteurs. Roland Debély a passé une soirée difficile hier à l'hôtel des Six-Communes de Môtiers. Une épreuve que le conseiller d'Etat chargé de la Santé a souhaitée: c'est lui qui a eu l'idée d'organiser un café citoyen pour débattre de l'avenir de l'Hôpital du Val-de-Travers. Un thème sensible depuis la décision de fermer fin 2008 la maternité et le bloc chirurgical, avec la suppression de 12 emplois à plein temps.

«Promesses non tenues»

Combatif, parfois hésitant et mal à l'aise, le magistrat radical a tenté de rassurer la septantaine de personnes qui s'étaient déplacées. Debout face à l'assistance, il a souligné que l'hôpital gardera une policlinique médicale ouverte 24 heures sur 24, un centre de réadaptation de 35 lits et une mission cantonale dans le domaine de la gériatrie. «Nous allons aussi renforcer le SMUR (service médical d'urgence) et créer une plate-forme régionale de santé avec le renfort de trois médecins généralistes rattachés à l'hôpital, a-t-il plaidé. Avec les difficultés de recrutement que rencontrent les régions périphériques, c'est fantastique...» Rires consternés dans la salle.

Pris à parti sur «les promesses non tenues» du Conseil d'Etat, Roland Debély a précisé que la loi sur l'établissement hospitalier multisite (EHM) votée par les citoyens neuchâtelois en juin 2005 ne précise pas les missions des hôpitaux. Et que la définition de ces dernières dépend du gouvernement. «C'est une chance, a asséné le ministre. Avec tous les lobbies et les avis différents qui coexistent dans ce canton, il serait impossible de mener la nécessaire réforme du système hospitalier cantonal.»

L'initiative lancée la semaine dernière par des Vallonniers pour «le maintien d'une médecine de proximité» a également fait débat. Le texte demande de maintenir trois hôpitaux de soins aigus à Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et Couvet avec un service d'urgence, un bloc opératoire et une maternité. «Une voie intransigeante» choisie par les initiants afin d'éviter «le démantèlement» de l'hôpital du Val-de-Travers. Roland Debély ne s'est pas laissé démonter: «Le maintien de trois maternités constitue un grave danger en terme de qualité et de pérennité de la prise en charge.»

Comme les autres, l'argument n'a guère convaincu. Pourtant, l'immense majorité des professionnels de la santé du canton partage cette analyse. Depuis la constitution de l'EHM, devenu Hôpital neuchâtelois (HNe), l'idée de regrouper les forces s'est largement imposée. Longtemps hésitant, désireux de maintenir les équilibres régionaux, le Conseil d'Etat à majorité rose-verte a fini par se laisser convaincre. Sous la pression du corps médical, il a accepté en septembre dernier de créer une unité mère-enfant sur un site unique à Neuchâtel ou à La Chaux-de-Fonds. Décision qui a signifié l'arrêt de mort de la maternité du Val-de-Travers, 170 naissances par année.

Une région qui se sent fragile

Un contexte qui attise les passions dans une région qui se sent fragilisée et marginalisée. L'intervention d'un citoyen de La Côte-aux-Fées, à l'extrême ouest du Vallon, était à ce titre emblématique: «Le village comptait encore 540 habitants il y a quelques années. Il n'en reste plus que 460. Avec la fermeture de la maternité, les jeunes ménages vont hésiter à venir s'installer chez nous. C'est un comble alors que le Conseil d'Etat a signé un contrat région avec le Val-de-Travers qui vise à favoriser l'implantation des familles dans la région.»

Jusqu'au bout, Roland Debély a fait front dans le rôle difficile de victime expiatoire. En conclusion, il s'est félicité «d'avoir pu échanger» et d'avoir «entendu les préoccupations» des Vallonniers. Un effort louable qui est resté vain: il n'a convaincu personne.