Ueli Maurer est un conservateur. Sur les questions de société et d'éthique, ses positions - «à la Sarah Palin», glisse un élu - hérissent ses détracteurs. Et ce d'autant plus que le Zurichois, candidat à l'élection du Conseil fédéral, ne s'est jamais privé de dire ce qu'il pense, notamment en matière d'égalité entre hommes et femmes. Ce qui pourrait lui coûter des voix mercredi.

A cet égard, les propos tenus par le conseiller national dans le SonntagsBlick, en mars 2008, restent gravés dans les mémoires. «Quand les mères travaillent, c'est l'Etat qui s'occupe des enfants!» avait-il déclaré. Avant d'ajouter: «A peine une femme quitte la maternité, qu'elle envoie son enfant à la crèche. Le dimanche, elle va encore avec le petit au McDonald's. C'est le déclin de notre société!»

Et Ueli Maurer de conclure: «J'estime autant, si ce n'est davantage, une femme qui s'occupe de ses enfants à la maison, et remplit uniquement la fonction de femme au foyer, qu'une mère qui fait carrière. La première renonce à beaucoup, mais apporte à la société une contribution très élevée.»

Le chevreuil et ses faons

Critiquant aujourd'hui un raccourci du SonntagsBlick, Ueli Maurer a encore déclaré vendredi dernier au Temps: «C'est aussi comme cela dans la nature. Le chevreuil ne s'occupe pas de ses faons.»

Convaincu, Ueli Maurer, père de six enfants de 11 à 30 ans, a d'ailleurs poussé Rösli Zuppiger - épouse du conseiller national Bruno - à rédiger un livre louant le rôle de la femme au foyer. Livre dont le candidat à la succession de Samuel Schmid a rédigé la préface.

A la question toutefois, posée dans Sonntag, «pourriez-vous vous imaginer une femme comme cheffe de l'armée?», Ueli Maurer répond: «Oui, mais pour l'instant aucune ne présente les qualifications requises.»

L'inégalité des sexes n'est de loin pas le seul thème sur lequel Ueli Maurer défend une position conservatrice. Ainsi en 1999, par exemple, le Zurichois, à l'instar de nombre de ses compagnons d'armes, rejette l'initiative parlementaire de Jean-Michel Gros (Lib/GE), préconisant l'adoption du partenariat enregistré au niveau national.

Non à la solution du délai

L'avortement? Là encore, Ueli Maurer se montre restrictif. Répondant au questionnaire Smartvote, soumis aux élus avant les élections fédérales d'octobre 2007, il se dit en désaccord avec le fait que, en Suisse, l'interruption de grossesse soit autorisée pendant les douze premières semaines suivant les dernières règles. Pas question non plus pour le Zurichois de régler l'euthanasie active dans une loi qui ne la réprimerait pas, comme le font les Pays-Bas. Enfin, en matière de justice, l'ancien président de l'UDC, qui a défendu l'internement à vie des délinquants dangereux et l'imprescriptibilité des crimes pédophiles, adopte également une position ferme.

Ueli Maurer, cas unique? Pas vraiment, estiment plusieurs observateurs. «Je le considère comme plus réactionnaire que la moyenne des démocrates du centre», répond quant à elle Maria Roth-Bernasconi, coprésidente des Femmes socialistes suisses.

De toute évidence, une comparaison des profils Smartvote de plusieurs UDC indique que le Zurichois ne se démarque pas de son groupe sur ces questions. Même si plusieurs démocrates du centre présentent un profil un rien moins conservateur que le sien. A l'instar des Romands Yvan Perrin, Jean-François Rime ou André Bugnon, ainsi que du Thurgovien Peter Spuhler, notamment, favorables à la solution du délai en matière d'IVG et à une législation sur l'euthanasie active. A noter, également, que le président de l'UDC, Toni Brunner, se dit lui aussi «plutôt» favorable à la solution du délai.

Mardi prochain, le groupe socialiste, qui auditionnera Ueli Maurer, l'interrogera d'ailleurs «sur ses valeurs et le respect de la Constitution en matière d'égalité entre hommes et femmes», note encore Maria Roth-Bernasconi. «Nous allons le confronter aux différentes citations recueillies dans des journaux.»