Panama papers

Le rôle de l’informaticien arrêté à Genève reste à éclaircir

Plusieurs éléments semblent indiquer que le prévenu ne serait pas la mystérieuse source des «Panama Papers»

John Doe, ou pas John Doe? Depuis les révélations du Temps sur l’arrestation d’un informaticien de Mossack Fonseca à Genève, soupçonné de vol de données, une seule question est sur toutes les lèvres: l’homme, sous les verrous depuis le 31 mai, est-il à l’origine des «Panama papers» en ayant participé de près ou de loin à la plus grosse fuite de données de l’histoire du journalisme?

Pour Bastian Obermayer, l’un des deux journalistes de la Süddeutsche Zeitung qui ont été en contact avec la source des «Panama papers» – sans connaître son identité –, l’affaire semble entendue: «Selon nos informations, l’informaticien arrêté à Genève n’est pas John Doe», a-t-il lâché mercredi sur Twitter.

Selon les informations dont dispose Le Temps, l’informaticien arrêté à Genève est un homme de 57 ans, employé par Mossack Fonseca Genève depuis une vingtaine d’années. Chef informaticien de l’antenne genevoise de l’étude d’avocats spécialisée dans la création de sociétés offshore, il disposait sur son poste de tous les droits d’accès.

C’est en menant des recherches à la suite des révélations du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) que Mossack Fonseca a repéré que des données auraient été soustraites d’un serveur panaméen depuis le poste genevois de cet informaticien. D’où le dépôt d’une plainte à Genève. Mais selon plusieurs sources qui confirment une information du Matin Dimanche, les données auraient été soustraites après le 3 avril 2016, date des premières révélations de l’ICIJ. De quelles données s’agit-il? Selon nos sources, Mossack Fonseca se montrerait réticent à le dire précisément aux enquêteurs.

Quoi qu’il en soit, le mystérieux John Doe ayant transmis à la Süddeutsche Zeitung les quelque 2,6 terabytes de données à l’origine des «Panama papers» il y a plus d’une année, le caractère très récent des mouvements suspects repérés à Genève semble confirmer les déclarations du journaliste allemand.

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Quel rôle a donc pu jouer l’informaticien inquiété à Genève? A ce stade, le parquet genevois et l’avocat de Mossack Fonseca se refusent à toute nouvelle déclaration. «Nous sommes très attentifs à la diligence et à la célérité de l’enquête menée par le procureur, étant rappelé que notre client est injustement détenu, déclarent de leur côté les avocats de l’informaticien, Thomas Barth et Romain Jordan. Il appartient à Mossack Fonseca de pleinement collaborer avec les autorités pénales.»

C’est pour éviter tout risque de collusion que le juge du Tribunal des mesures de contraintes a accepté le maintien en détention provisoire de l’informaticien. Ce qui indique, a minima, que les enquêteurs de la police genevoise ont identifié des éléments suspects sur le matériel informatique qu’ils ont saisi.

S’il n’est pas le mystérieux John Doe, l’informaticien est-il un de ses complices? S’en est-il inspiré? Fait-il partie d’un réseau? Ou est-il lui-même la victime collatérale d’une opération de piratage? Comme le déclarait mercredi l’avocat de Mossack Fonseca, Thierry Ulmann, «toutes les hypothèses restent ouvertes». L’informaticien, lui, nie en bloc les faits qui lui sont reprochés.

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