décès

Rolf Bloch, le «sage» de Courtelary, s’en est allé

L’ancien président de la Fédération suisse des communautés israélites s’était illustré lors de l’affaire des fonds en déshérence

Rolf Bloch, le «sage» de Courtelary, s’en va

Décès L’industriel du chocolat s’était illustré lors de la crise des fonds en déshérence

«Rolf Bloch, ancien directeur et copropriétaire de la maison Chocolats Camille Bloch SA, est décédé le mercredi 27 mai au matin, peu avant son 85e anniversaire, à Berne des suites d’une longue maladie.» C’est par un communiqué débutant avec ces lignes que la famille de l’industriel a fait savoir la disparition d’une personnalité aussi discrète qu’attachante, et qui a joué un rôle déterminant lors de la crise des fonds en déshérence.

Directeur du Fonds spécial

Rolf Bloch était président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) lorsque la question des fonds juifs refait surface au milieu des années 1990, à la faveur de la fin de la Guerre froide. Homme de conviction, il va se battre tour à tour sur plusieurs fronts pour faire entendre la voix des victimes. Il se montrera dans un premier temps critique à l’égard des banques suisses, qui rechignent à rouvrir ce dossier, et du Conseil fédéral qui tarde à donner l’impulsion politique pour amener la Suisse à se confronter à son passé.

Il va ensuite faire office de paratonnerre pour la Suisse face aux attaques des avocats américains, mais plus encore du Congrès juif mondial (CJM), qui désigne la Suisse comme la cible privilégiée d’une campagne internationale de restitution des biens spoliés par les nazis. En de nombreuses occasions, il est intervenu pour expliquer la position de Berne et défendre le travail des banques, ainsi que celui de la Commission Bergier, dans les médias étrangers. Dans le même temps, il devra se battre face à diverses personnalités juives, suisses ou européennes, qui accusent tour à tour la FSCI de trop en faire, ou pas assez, pour préserver l’image de la Suisse.

Rolf Bloch pensait que cette crise et la nécessaire introspection qui l’accompagna seraient de nature à faire évoluer le débat politique suisse, notamment vis-à-vis de l’Europe, comme il nous l’expliquait en 1996. Il s’avéra une voix critique envers Christoph Blocher, qu’il refusa toutefois de qualifier d’antisémite malgré les dérapages verbaux de ce dernier contre le CJM. Et lorsque la Suisse décida la création d’un Fonds spécial en faveur des victimes dans le besoin de l’Holocauste d’un montant de 273 millions de francs, son nom s’imposa pour le présider en 1997.

Médiateur de Swissmetal

La vie de Rolf Bloch ne peut toutefois se résumer à cette période de tourments et de remise en question. Son doctorat de droit public en poche, il débuta dès 1954 dans l’entreprise créée en 1929 par son père Camille Bloch à Courtelary, dont il devint le directeur en 1970. Il assuma par ailleurs diverses fonctions dirigeantes dans plusieurs associations économiques d’une part, juives d’autre part.

Très apprécié dans sa région, le «sage» de Courtelary sera appelé une dernière fois par le conseiller fédéral Joseph Deiss, en 2006, afin de mener une médiation lors du conflit social à Swissmetal.

Ses funérailles auront lieu vendredi à Berne.

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