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L’oligarque russe Roman Abramovitch à son arrivée vendredi matin au Tribunal de la Sarine, à Fribourg, précédé de ses avocats.
© Jean-Christophe Bott/Keystone

Tribunal

Roman Abramovitch clame son innocence

Le multimilliardaire russe était de retour ce vendredi à Fribourg pour son audition devant le Tribunal civil de la Sarine. Il a expliqué ne pas s’être occupé de la gestion de Runicom, dont il était actionnaire, une société au cœur d’une inextricable affaire de prêt litigieux dans les années 1990

Il n’y a pas eu de passe-droit, ni de traitement VIP. Multimilliardaire, 140e fortune mondiale, Roman Abramovitch a attendu patiemment son tour, au milieu de la file formée par les avocats et les journalistes, pour passer les contrôles de sécurité mis sur pied ce vendredi matin par la police fribourgeoise à l’entrée du Tribunal civil de la Sarine. Costume impeccable, mains jointes, ses yeux bleus dans le vide, le président du fameux club de football londonien de Chelsea répond aux salutations presque timidement. Il est arrivé de Berne, où il a passé la nuit au Bellevue Palace. Contrairement à l’ouverture de ce procès hors norme, le 2 mai dernier, Roman Abramovitch arbore une cravate. Faut-il y voir le signe de l’importance de cette journée, la plus attendue, avec l’audition de l’oligarque russe de 51 ans? Un événement en soi tant l’homme est secret et ne donne quasiment jamais d’interviews.

Une affaire à 46 millions

Devant l’enjeu, la salle d’audience numéro 5 du tribunal de la route des Arsenaux peine à accueillir la pléthore d’avocats, 22 au total, obligés d’aller récupérer des chaises dans la partie réservée au public pour pouvoir s’asseoir. Sur les tables réservées à la Banque européenne de reconstruction et développement (BERD) s’empilent d’épais classeurs fédéraux jaunes, contenant l’ensemble des documents d’une inextricable procédure longue de treize ans. Devant la justice fribourgeoise, l’organisation internationale basée à Londres réclame 46 millions de francs de dédommagement à Roman Abramovitch, à son associé Evgeny Shvidler, ainsi qu’au géant russe Gazprom-Neft, à la suite d’une complexe affaire de prêt accordé en 1997 en Russie.

Lire aussi: Abramovitch: match judiciaire à Fribourg

L’audition de Roman Abramovitch, traduite simultanément en russe, va durer près de trois heures. L’oligarque répond souvent de manière laconique, par des «non» et des «je ne sais pas». Le président du tribunal, Stéphane Raemy, se lèvera à plusieurs reprises de sa chaise pour venir présenter des contrats à l’homme d’affaires russe. Ce dernier reconnaît à chaque fois sa signature, mais ne se souvient pas d’avoir paraphé ces documents. La plupart des pièces remontent à plus de vingt ans. Les questions insistent sur des liens qu’entretenait Roman Abramovitch avec la société Runicom, dont il était propriétaire. Basée à Fribourg, celle-ci commercialisait le pétrole extrait par Sibneft, devenue depuis Gazprom-Neft. Tout l’enjeu de ce procès est de savoir si la faillite de Runicom en 2003 et le transfert de ses actifs à Gibraltar ont permis ou non à l’entreprise ne pas payer une créance à la BERD.

«Un prêt remboursé»

«Le prêt a été remboursé, assure de son côté Roman Abramovitch, confirmant ce qu’il ne cesse de répéter depuis le début de l’affaire. Rien dans nos comptabilités ne montre qu’une dette n’a pas été payée.» Le milliardaire s’est surtout distancié de la gestion opérationnelle de Runicom. Il a insisté sur le fait qu’il n’avait jamais donné d’instructions sur la marche des affaires de l’entreprise. Il a surtout assuré ne pas avoir été impliqué dans le prêt litigieux, ni dans la procédure de liquidation de l’entreprise.

«Il pourrait apparaître à première vue que je ne savais rien, mais j’aimerais préciser qu’à l’époque notre groupe comptait plus de 50 sociétés pour un total de 65 000 employés. Je ne peux pas connaître tous les détails de ces affaires», s’est enfin défendu Roman Abramovitch. Il n’aurait eu connaissance d’un problème avec un prêt de la BERD qu’au moment où celle-ci a porté l’affaire une première fois devant la justice, en Russie. Un manque d’implication qui laisse perplexes les avocats de la banque, qui n’ont pas manqué de rappeler que l’oligarque a été le directeur de la représentation de Runicom à Moscou.

Lire aussi: Le procès Abramovitch entre dans le vif du sujet

L’audition de l’oligarque russe a permis une plongée dans la Fédération de Russie des années 1990, une période où le pays s’ouvre de manière chaotique à l’économie de marché après des décennies de communisme. «Le système de carte de crédit ne fonctionnait quasiment pas, tout comme celui du marché des devises», rappelle Roman Abramovitch. Des années de capitalisme sauvage au cours desquelles il s’enrichira dans le sillage de Boris Berezovsky, son mentor, qui lui ouvrira les portes du clan Eltsine. Une ascension fulgurante pour ce prodige de la finance, orphelin, qui avait abandonné ses études pour se lancer dans le commerce de jouets en plastique venus de l’Ouest.

Dans les loges de Wembley

Ce procès fleuve doit se terminer à la mi-juin. La prochaine audience est prévue mercredi 23 mai, avec l’audition du milliardaire russe naturalisé américain Evgeny Shvidler, associé et ami de Roman Abramovitch. En attendant cette échéance, le président de Chelsea devrait passer de la modeste salle d’audience du Tribunal de la Sarine aux luxueuses loges du mythique stade de Wembley. Ce samedi soir, les Blues y affrontent les Red Devils de Manchester United dans le choc de la finale de la Cup anglaise.

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