Après deux mois en prison, Roman Polanski pourrait recouvrer la liberté dans son chalet de ­Gstaad. C’est ce qui découle d’une décision prise mardi par le Tribunal pénal fédéral (TPF) saisi par le cinéaste. L’Office fédéral de la justice, qui s’opposait à cette mesure, conserve la possibilité de recourir auprès du Tribunal fédéral.

Roman Polanski a été arrêté à Zurich le 26 septembre au terme d’une cavale de plus de trente ans. La justice américaine lui reproche des actes sexuels commis sur une mineure en mars 1977. Il encourt, selon les précisions contenues dans la demande formelle d’extradition, une peine maximale de 2 ans de prison.

Ce dernier point a joué un rôle déterminant dans la décision des juges d’envisager une mise en liberté provisoire. Au moment d’une première demande de libération déposée sitôt après son arrestation, le cinéaste s’attendait à une sanction pouvant aller jusqu’à 50 ans derrière des barreaux. Le redimensionnement de la menace est de nature, a estimé le TPF, à réduire le risque de fuite.

Ce risque reste toutefois élevé aux yeux des juges. Aussi les avocats de la défense proposaient-ils des garanties: une assignation à domicile sous surveillance électronique dans le chalet que possède le cinéaste à Gstaad et une caution de 4,5 millions.

Sur le premier point, Roman Polanski pourrait jouer les pionniers. L’usage du bracelet électronique est actuellement limité, à titre expérimental, à sept cantons – Berne, les deux Bâles, le Tessin, Vaud, Genève et Soleure. Le futur code de procédure pénale unifié, qui doit entrer en vigueur en 2011, l’instaurera formellement comme alternative à la détention préventive. Mais pour le moment, il n’a jamais été utilisé à cette fin en matière de détention extraditionnelle.

Le Tribunal fédéral a sauté le pas dans un arrêt du 13 octobre. La loi sur l’entraide pénale internationale, a-t-il relevé, prévoit que la détention peut être remplacée par d’«autres mesures» qui ne sont pas exhaustivement énumérées. Cette disposition permet l’usage du bracelet électronique, qui fait déjà office de substitut à la détention dans le canton de Bâle-Campagne depuis 1999.

Le détenu qui a donné lieu à cette décision – un Italien domicilié et marié en Suisse poursuivi pour trafic de drogue dans son pays – n’en a pas bénéficié immédiatement. Dans son cas, a tranché le TF, il fallait examiner l’existence d’un éventuel risque de collusion avant d’entrer en matière sur une libération.

Roman Polanski risque donc d’être le premier à attendre son extradition bracelet électronique au poignet ou à la cheville. Un mécanisme, relèvent les juges, qui permet une alerte dès que la personne surveillée quitte le domicile auquel elle a été assignée. Et qui, s’il n’empêche pas une éventuelle fuite, entrave ses chances de réussite.

Pour faire bon poids, Roman Polanski offrait en outre une caution de 4,5 millions de francs. Avant d’accepter cette proposition, les juges se sont penchés sur sa déclaration d’impôt. Au terme de cet examen, ils estiment que la somme représente pour lui un sacrifice substantiel, dont la perte entraverait le bien-être de sa femme et de ses deux enfants. A son âge (76 ans), ajoutent-ils, ses chances de se refaire en cas de saisie de la caution sont assez faibles. Le cinéaste devra enfin déposer ses papiers d’identité en mains de l’autorité.

C’est l’Office fédéral de la justice qui devra s’assurer que ces différentes modalités sont bien réalisées. A moins, bien sûr, qu’il n’opte pour un recours. La décision, précise le porte-parole Folco Galli, interviendra rapidement.

L’arrestation de Roman Polanski à l’occasion de sa venue au festival de Zurich, dont il était l’invité d’honneur, avait soulevé une vive polémique, notamment en France où plusieurs personnalités politiques l’avaient critiquée. De son côté, la victime a formellement demandé, le 26 octobre, un abandon des poursuites. Sa santé, faisait-elle valoir, était atteinte par le harcèlement médiatique dont elle était l’objet depuis que le cinéaste était sous les verrous.

Ajoutée à l’ancienneté des faits, cette dernière prise de position permet de penser qu’un retour négocié du cinéaste aux Etats-Unis n’est pas exclu.