Après deux mois en prison, Roman Polanski pourrait recouvrer la liberté dans son chalet de Gstaad. C’est ce qui découle d’une décision prise mardi par le Tribunal pénal fédéral (TPF) saisi par le cinéaste. L’Office fédéral de la justice, qui s’opposait à cette mesure, conserve la possibilité de recourir auprès du Tribunal fédéral.

Roman Polanski a été arrêté à Zurich le 26 septembre au terme d’une cavale de plus de trente ans. La justice américaine lui reproche des actes sexuels commis sur une mineure en mars 1977. Il encourt, selon les précisions contenues dans la demande formelle d’extradition, une peine maximale de 2 ans de prison.

Ce dernier point a joué un rôle déterminant dans la décision des juges d’envisager une mise en liberté provisoire. Au moment d’une première demande de libération déposée sitôt après son arrestation, le cinéaste s’attendait à une sanction pouvant aller jusqu’à 50 ans derrière des barreaux. Le redimensionnement de la menace est de nature, a estimé le TPF, à réduire le risque de fuite.

Ce risque reste toutefois élevé aux yeux des juges. Aussi les avocats de la défense proposaient-ils des garanties: une assignation à domicile sous surveillance électronique dans le chalet que possède le cinéaste à Gstaad et une caution de 4,5 millions.

Sur le premier point, Roman Polanski a eu de la chance: quelques semaines après son arrestation, le Tribunal fédéral a admis pour la première fois, dans une autre affaire, que le bracelet électronique pouvait constituer une mesure de substitution à la détention extraditionnelle. Ce dispositif, relève-t-il, permet une alerte dès que la personne surveillée quitte le domicile auquel elle a été assignée. S’il n’empêche pas une éventuelle fuite, il entrave ses chances de réussite.

Avant d’accepter la caution proposée par le cinéaste, les juges se sont encore penchés sur sa déclaration d’impôt. Au terme de cet examen, ils estiment que la somme de 4,5 millions de francs représente pour lui un sacrifice substantiel, dont la perte entraverait le bien être de sa femme et de ses deux enfants. A son âge (76 ans), ajoutent-ils, ses chances de se refaire le cas échéant sont assez faibles.Tous ces éléments ont donc pesé en faveur d’une mise en libération provisoire pour laquelle Roman Polanski devra encore déposer ses papiers d’identité aux mains de l’autorité. C’est l’Office fédéral de la justice qui devra s’assurer que ces différentes modalités sont bien réalisées. A moins, bien sûr, qu’il opte pour un recours. La décision, précise le porte parole Folco Galli, interviendra rapidement.