Lucette a 70 ans et cela fait un demi-siècle qu'elle regarde la télévision. Ce week-end, elle et son mari ont fait le trajet depuis Fully (VS) pour profiter des portes ouvertes de la TSR. Depuis sa création en 1954, tous deux sont des téléspectateurs enthousiastes. Ils possédaient alors l'un des premiers téléviseurs du quartier, un poste en noir et blanc qui restait muet les mardis et dimanches parce que la TSR n'émettait pas ces jours-là.

Samedi, Lucette est venue rencontrer les journalistes et animateurs de sa chaîne préférée. «J'ai vu Muriel Siki et le beau brun qui présente les sports, raconte-t-elle. Je regarde surtout les émissions politiques, les nouvelles, les jeux. Mon mari, lui, aime les sports. Ici, on a rencontré tous les gens qu'on voit à la télé. C'était très long pour réussir à rentrer, mais on voulait vraiment venir. C'est très instructif: les studios sont bien différents de ce que l'on imagine!» «Le plus frappant c'est qu'on pense que c'est une pièce confortable alors qu'ils sont installés dans un garage», commente une autre Romande, elle aussi venue de loin pour l'occasion.

Lucette n'est pas la seule à avoir répondu à l'invitation de la TSR et fait le déplacement: plus de 30 000 visiteurs ont afflué de toute la Suisse romande et de France voisine. Ils ont pris leur voiture ou le train pour venir à Genève, armés de sandwiches et de patience. Et ils sont là, affrontant des queues interminables pour se confronter à la réalité: découvrir comment sont faits les décors, visiter les salles de montage et, bien sûr, parler aux vedettes de la télé. Le programme présenté à l'entrée est alléchant: la TSR a mobilisé toutes ses troupes, organisées en fonction d'émissions phares.

Un parcours du combattant

Mais parvenir jusqu'à l'entrée et recevoir le plan des bâtiments demande déjà une bonne dose de sang-froid. Sans compter qu'il faut faire la queue à l'entrée de chaque secteur: les sports, l'actu, les studios. Les temps d'attente s'accumulent et il faut passer d'une salle à l'autre selon un rythme préétabli. Les enfants en ont marre. Certains sont debout plus de deux heures et demie pour voir le spectacle des Zap. Ils sont contents d'avoir pu parler à la Zapette, un personnage virtuel qui reconstitue les expressions de l'animatrice. Mais en sortant ils demandent grâce: «On va où y a personne.»

L'engouement des Romands pour leur télé semble avoir dépassé les espoirs des organisateurs. Confrontée à la concurrence des chaînes françaises, la TSR jouit apparemment d'une sympathie et d'un attachement inespérés. Les téléspectateurs supportent des conditions de visite pénibles pour pénétrer finalement dans ses coulisses. Patients mais enthousiastes, ils posent de nombreuses questions aux guides de la maison, montrant un intérêt pour les métiers de la télé ou les dernières technologies.

Certaines émissions de la TSR restent parmi les favorites des Romands. Au stand d'A Bon Entendeur, Sœur Claude-Thérèse, venue de Châtel-Saint-Denis, est à la recherche de «la dame qui rouspète» pour lui dire ce qu'elle pense de son émission. «Je regarde peu la télévision, mais j'aime beaucoup ce que vous faites, déclare-t-elle à la journaliste Isabelle Moncada. Vous êtes un juge impartial, qui décortique, avec beaucoup de courage. Ils n'ont pas peur de vous, les gens, quand vous faites une enquête? Rien que de vous voir à la télé, ça nous oblige à faire un examen de conscience. Mais vous avez l'air moins sévère en vrai.»

Fidéliser le public

Sœur Claude-Thérèse est venue à Genève avec une quinzaine d'adolescentes en internat pour apprendre le français. Elle espère que cette journée aura donné envie à ses pensionnaires de regarder davantage la TSR.

Conserver ou augmenter son public est sans doute vital pour la chaîne: le soutien du téléspectateur romand est sa principale raison d'être.

Lors de cet anniversaire, un concours était organisé. Les questions portaient sur l'historique de la TSR, les événements et personnages de ces cinquante dernières années. Les réponses étaient à trouver sur son site internet. Une manière de revenir sur les émissions marquantes et de faire le lien entre le passé et l'avenir. Entre les premiers téléspectateurs et les internautes d'aujourd'hui que la télé aimerait fidéliser.