Comme chaque année, la Schweizer Illustrierte (tirage 254 000 exemplaires) consacre son numéro précédant la Fête nationale aux «100 Suisses les plus importants». Si les Romands sont très bien représentés sur la couverture du magazine, avec Micheline Calmy-Rey – toute de blanc vêtue en colombe de la paix – et l'éternel défenseur du droit des plus pauvres Jean Ziegler, cela se gâte à l'intérieur.

Sur les 69 personnalités qui ont posé en pied pour de touchantes photos de groupe, on ne retrouve que six représentants de la Suisse romande, y compris les deux précités. Le styliste Laurent Mercier, égaré entre le directeur de la fondation Beyeler, Christoph Vitali, et la Bernoise Simone Luder, championne mondiale de course d'orientation; Corinne Rey-Bellet, qui bouscule presque, dans sa combinaison de ski, le CEO de la Rentenanstalt/Swiss Life Rolf Dörig; l'astrologue Elisabeth Tessier, ainsi que le Neuchâtelois Roland Huguenin, médiateur du CICR, ont la lourde tâche de représenter la partie francophone de la Suisse. Tous ont répondu aux mêmes questions, de quoi donner le vertige. Micheline Calmy-Rey, pour ne prendre qu'un exemple au hasard, s'est donné pour but d'ici à la fin de l'année «d'être utile à son pays» et admire, dans la rubrique «Personnalités suisses», «Patty Schnyder et toutes les femmes qui comme elle montrent du courage au quotidien».

Sur les 31 autres personnes qui complètent cette collection des Suisses les plus valeureux, et qui n'ont pas pu ou voulu se plier aux exigences de la photo en studio, on trouve l'artiste Emmanuelle Antille, les navigateurs Ernesto Bertarelli et Bernard Stamm, le délégué du CICR Michel Minnig et l'héritière de la famille Chopard, Caroline Gruosoi-Scheufele.

Marc Walder, rédacteur en chef du magazine grand public édité par Ringier, reconnaît «une tendance à la sous-représentation» de la Suisse romande, qui est carrément une évidence pour le Tessin: «Le problème est qu'à part le sport et en partie la politique, les régions linguistiques ont des figures d'identification complètement différentes. C'est particulièrement flagrant dans le domaine des variétés et de la télévision.» Et comme en cette année d'élection, la SI s'est montrée particulièrement restrictive à offrir un plateau aux politiciens, le choix de personnalités connues dans tout le pays était encore plus difficile. «Nous ne voulons pas être un hit-parade purement alémanique, et, pour l'année prochaine, sans aller jusqu'à des quotas, nous voulons gagner davantage de Romands à notre action», promet Marc Walder.