Les tarifs du courant électrique vont renchérir partout en Suisse romande dès janvier 2009, tout comme dans le reste du pays. Cependant, les hausses ne seront pas les mêmes pour tout le monde. Les nouveaux prix qui tombent ces jours dévoilent des augmentations importantes et à géométrie variable. A Genève, elle sera de 10 à 15% pour les particuliers, et de 25 à 30% pour les usagers professionnels. En ville de Lausanne, la hausse globale dépasse 15%. Berne prévoit 10% de plus pour les ménages.

Dans ce concert d'augmentations, on relève en revanche les cas à contre-courant de Zurich et, plus inattendu, celui d'Yverdon-les-Bains, qui offrent à leurs clients des prix stables. Si la capitale économique du pays profite d'une capacité historique d'autoproduction supérieure à la demande, la cité thermale du Nord vaudois, assure Cédric Pillonel, responsable du Service des énergies, tire parti cette année des prix négociés avec son nouveau fournisseur. Yverdon avait en effet résilié en 2007 le contrat la liant à la Romande Energie pour passer chez Axpo.

Comment expliquer ces différences? Plus une collectivité publique est autosuffisante, moins elle souffre, à l'image de Zurich, des aléas de la bourse européenne de l'énergie de Leipzig en Allemagne, véritable plaque tournante de l'électron du continent. Ainsi Lausanne, qui produit 33% de son courant, s'en sort mieux que le canton de Genève, qui couvre entre 20% et 25% de ses besoins, notait Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, au micro de la RSR.

Les prestations et les tarifs variables selon les fournisseurs contribuent à leur tour aux variations observées. Ainsi Yverdon limite les dégâts via l'accord conclut avec Axpo, tandis que Fribourg et Neuchâtel, par exemple, paient les ajustements décidés par le Groupe E.

Production insuffisante

Avec ces augmentations qui précèdent la libéralisation qui touchera tout d'abord les entreprises dépassant 100 MWh par an à partir de 2009, la Suisse se rapproche des tarifs européens plus élevés. Longtemps épargné, en raison d'une production autosuffisante et d'un marché fortement régulé, contrairement à l'Europe où opèrent des acteurs monopolisant la distribution, remarque Jean-Yves Pidoux, municipal responsable des Services industriels lausannois, le pays passe d'une relative autonomie à une certaine dépendance. Voilà pourquoi libéralisation pourrait ne pas rimer avec baisse des prix, suggère Christian Brunier, porte-parole des Service industriels genevois.

Quand les prix montent sur les marchés internationaux - 20% en trois ans, estimait Daniel Brélaz -, ils finissent désormais par se répercuter sur les usagers suisses. En gros, précise encore Jean-Yves Pidoux, la production peine à satisfaire la demande, qui se renforce constamment. Du coup, le courant devient plus cher. Sans parler du pétrole et du gaz, qui ont également pris l'ascenseur.

Si l'on ajoute à cela un doublement des tarifs de Swissgrid, la société qui gère le réseau national à haute tension, ainsi que des investissements à la fois au nom de la sécurité de l'approvisionnement et de la libéralisation à venir, on comprend mieux les hausses annoncées, résume Jean-Yves Pidoux. Malgré les explications, l'ampleur du renchérissement a surpris le président de la Commission fédérale de l'électricité, l'ancien conseiller d'Etat appenzellois Carlo Schmid, interrogé par l'ATS. De son côté, la Fédération romande des consommateurs (FRC) a dénoncé une communication lacunaire de la part des électriciens et l'impossibilité pour les ménages de comparer les nouveaux prix.