«die Weltwoche»

Les Romands seraient les Grecs de la Suisse

L’hebdomadaire zurichois tire à boulets rouges sur la minorité latine de la Suisse. Dettes, taux de chômage, consommation d’alcool, stress au travail: les Romands se feraient toujours remarquer

Les Romands seraient les Grecs de la Suisse. En d’autres mots, ils s’endettent, ont les plus hauts taux de chômage, des caisses de pension avec un taux de couverture en chute libre et apprécient plus que la moyenne la consommation d’alcool. Le portrait brossé ce jeudi par la Weltwoche est peu flatteur. Sans citer un seul de ces «Romands paresseux», le journaliste aligne une série de statistiques dans lesquelles les cantons francophones s’arrogent les places de choix.

«Non seulement les Romands veulent moins travailler mais en plus ils souffrent davantage du stress que les Alémaniques», avance l’hebdomadaire, pour le moins agressif. Référence: une étude du Seco selon laquelle 50% des Romands se disent «souvent stressés» contre 34% au niveau suisse. L’illustration d’un «Welsch» type trône d’ailleurs en une: l’homme siège derrière son bureau, les pieds sur la table, un verre de blanc à la main, son matériel de golf non loin et… un soutien-gorge négligemment oublié entre les classeurs.

Finances publiques

Pour comparer Romands et Grecs, la Weltwoche, dont le propriétaire Roger Köppel est connu pour ses affinités avec les idées de l’UDC, pointe du doigt la gestion des finances publiques des cantons romands. L’hebdomadaire avance les tableaux de l’Institut de hautes études en administration publique (Idheap) pour évaluer la charge financière nette des cantons. Neuchâtel, Genève, Vaud, Valais et Jura occupent la tête. «Les directeurs des finances romands n’assument pas leur responsabilité face aux générations futures.»

Pour la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf, interrogée par Le Temps, «on ne comprend pas notre système suisse quand on écrit de telles choses».

La Conseillère fédérale insiste: «notre pays est composé de quatre cultures et quatre langues qui ont certes des sensibilités différentes, mais qui ont toutes la même valeur. Chaque région a ses forces et ses faiblesses. Il y a en Suisse quatre cantons qui sont à 100% francophones et deux d’entre eux, Vaud et Genève, sont contributeurs directs de la péréquation financière intercantonale. Cela démontre que ce sont des cantons forts qui ont des finances saines. Ils ont décidé d’accepter un certain niveau d’endettement pour financer un certain nombre d’investissements. On ne peut pas les juger uniquement en fonction du taux de couverture de leurs caisses de pension. J’ai donc de la peine avec ce genre d’attaques.»

Parfait bilingue, le conseiller aux Etats fribourgeois Urs Schwaller (PDC), souligne «une arrogance incroyable, presque insupportable» par rapport à la Suisse romande. «C’est une attaque destructrice, qui nuit à la cohésion du pays. Je souhaiterais que la Suisse romande réagisse à ces attaques. Mais sans s’abaisser au même niveau.»

L’hebdomadaire dit avoir cherché, en vain. Il ne trouve pas de statistiques ou de tableaux susceptibles de mieux classer les Romands. Cerise sur le gâteau, les francophones – ou plutôt les Latins – auraient davantage tendance à consommer des substances leur permettant de se détourner du stress. L’alcool aurait un poids encore plus fort, même parmi les politiciens. Exemple pris: «Lundi dernier, le ministre genevois Mark Muller a annoncé sa démission. A Nouvel An il s’était battu, ivre.»

Surpris à la «Weltwoche»

«Vous a-t-on choqués?» Du côté de la rédaction de la Weltwoche, on est surpris de devoir motiver cet article. «Nous aimons les Romands. La Suisse serait ennuyeuse sans eux. Mais les chiffres que j’évoque sont bien réels, notamment les différences observées dans les zones frontalières des deux régions linguistiques», rétorque, avec un brin de sarcasme, Andreas Kunz, auteur du papier.

L’idée lui est venue il y a trois jours en parcourant les chiffres du chômage pour un autre reportage. «J’ai été étonné des résultats romands. J’ai voulu en chercher d’autres et ma thèse s’est confirmée. Le manque de temps explique l’absence d’interlocuteur romand.» Et pourquoi aucune mention du développement du bassin lémanique et de son PIB en hausse? «Vous savez, nous choisissons un angle. Dans un prochain numéro, nous ferons volontiers les louanges de la Suisse romande.»

Andreas Kunz, qui s’exprime en allemand, conclut a une différence culturelle confirmée par des études: les Romands vivent dans une leisure culture (culture du divertissement), les Alémaniques dans une workaholic culture (culture de drogués du travail). «La comparaison avec la Grèce est venue d’une plaisanterie. Mais pas de crainte. L’Idée suisse a encore de belles années devant elle. Nous n’aspirons pas à imiter le modèle belge.» Il y a deux choses qu’il admire chez les Romands: le vin et le savoir-vivre.

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