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Dans une école zurichoise, mars 2015.
© GAETAN BALLY

Interview 

«Et si les Romands venaient enseigner le français aux petits Alémaniques?»

Peter Maag, directeur de la chambre de l'industrie et du commerce de Thurgovie et UDC, plaide – à l'inverse de son parti – pour le maintien du français à l’école primaire

Les Zurichois se prononcent ce dimanche sur une initiative visant à réduire l'enseignement à une seule «langue étrangère» à l'école primaire, au lieu de deux actuellement (français et anglais). L'issue de ce vote est attendue. Si la proposition émanant des syndicats d'enseignants était acceptée, elle pourrait ranimer la volonté du Conseil fédéral d'intervenir en vue de faire respecter l'accord sur l'harmonisation de l'enseignement scolaire des langues. D'autant plus que d'autres cantons alémaniques sont tentés de rompre le compromis de 2004 voulant qu'à côté de l'anglais, un deuxième idiome national soit enseigné au primaire.

A ce sujet: A Zurich, la peur du Frengzöslisch

Comme la Thurgovie, où le parlement envisage de reporter l'enseignement du français au niveau secondaire. Mauvaise idée, estime Peter Maag, directeur de la chambre de l'industrie et du commerce de Thurgovie, qui plaide pour le maintien du français à l’école primaire. Une voix dissonante, dans son parti, l’UDC, à l'origine de la fronde contre le frühfranzösisch.

Le Temps: Pourquoi défendez-vous le français à l’école primaire, quitte à contredire votre parti?
Peter Maag:
Du point de vue économique, ça a beaucoup de valeur que les individus puissent parler autant de langue que possible. Je défends le point de vue de la chambre du commerce et de l'industrie. Si nous repoussons les heures de français au secondaire, cela ne ferait que reporter le problème de «surcharge» des élèves évoqué par les enseignants: la grille horaire du secondaire est déjà bien remplie! Or, c’est à ce moment-là que les jeunes sont amenés à faire des choix cruciaux pour leur avenir professionnel.

– Du point de vue économique, ne devriez-vous pas plutôt vous soucier de l’anglais?
– Au contraire! Les entreprises en Thurgovie sont aussi actives en Suisse romande et en France. Nous entendons souvent des patrons d’entreprise se plaindre de ne pas trouver de collaborateurs qui parlent français, alors que c’est rarement un problème de trouver des candidats maîtrisant l’anglais. Et je constate que, de manière générale, la connaissance des langues diminue. Les jeunes maîtrisent moins bien l’allemand, à l’écrit. Je l'observe dans ma propre maison: mes enfants ont entre 26 et 30 ans. Et ils écrivent en dialecte. Je dirais même plus, en dialecte SMS.

– Le plurilinguisme fait-il partie de l'identité suisse chère à votre parti?
– Oui, ça a aussi à voir avec notre identité: nous sommes un petit pays doté de plusieurs langues. C’est un atout et cela fait partie de notre recette du succès. Et je suis d’avis que nous, Suisses alémaniques, devrions faire un pas vers la minorité.

– Que dites-vous aux enseignants qui pensent que les enfants sont surchargés avec deux langues au primaire?
– Pour la plupart des enfants, ce n'est pas un problème. Lorsqu'un enfant rencontre des difficultés d'apprentissage, il peut en effet se trouver désavantagé. Mais supprimer une branche n'est pas la solution. Dans le fond, je pense qu’il y a trop d’enseignants au parlement. Ils expriment leurs difficultés avec l’enseignement du français, et voilà qu’on change la loi. Ce ne sont pas seulement des membres de l’UDC! Des socialistes aussi sont contre le Frühfranzösisch.

– C’est surtout votre parti, le moteur de ce débat. Vous êtes en porte-à-faux avec ce qu’il dit. Comment le vivez-vous?
– Je me sens bien. Sur les questions d’Europe et de finance, je suis sur la même longueur d’ondes. Oui, je pense que sur de nombreux points, j’aurais été mieux au PLR. Mais je suis entré à l’UDC à l’âge de 20 ans et désormais je suis trop vieux pour changer. Je trouverais cela étrange. 

– Comment réagissent vos collègues de parti face à vos dissonances?
– Ils me disent que je ne suis pas fiable. Je réponds que ça m’est égal, je peux jouer le rôle de bâtisseur de ponts entre le PLR et l’UDC. Nous avons beaucoup de points communs. 

– Parlez-vous français?
– Oui, mais pas très bien. Cela ne m'empêche pas de considérer le plurilinguisme comme une chance pour la Suisse. L’école devrait être plus flexible. Et, si l’enseignement du français ne porte pas ses fruits au primaire, alors peut-être que les enseignants devraient changer de méthode. Je ne suis pas pédagogue, mais il faudrait rendre les cours plus attractifs.

– Avez-vous une proposition concrète?
– Idéalement, nous devrions avoir des enseignants de langue maternelle française. Ce serait super si des Romands venaient enseigner en Thurgovie. Mais, est-ce qu’ils auraient envie de venir? Si vous faisiez un sondage à Lausanne, croyez-vous que la Thurgovie figurerait parmi les destinations préférées des Romands? J’en doute. Nous ne sommes pas perçus comme une région très attractive, du point de vue touristique. Et pourtant, il y a le Bodensee. Et nous faisons du bon vin. Pas aussi bon qu’en Valais, mais tout de même, nos vins sont bien moins mauvais qu’ils l’ont été par le passé.


Lire aussi cette opinion de José Ribaud: Enseignement des langues: le problème des Alémaniques, c’est l’allemand

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