L’amertume de Zoé s’échappe du téléphone. Elle devra chercher un autre toit et abandonner ses cultures. Les membres du collectif La Bourdache, ce groupe de maraîchers alternatifs dont elle fait partie, mais aussi les dizaines de Roms et de ressortissants hispaniques qui ont pris leurs quartiers depuis quelques semaines dans les anciens jardins familiaux de Prés-de-Vidy à Lausanne vont être expulsés le lundi 19 décembre.

Une ordonnance, rendue aujourd’hui par le Tribunal d’arrondissement de la capitale vaudoise, autorise la commune à déloger les occupants du site. Transformés en habitations de fortune, les vieux cabanons seront détruits, précise Daniel Pache, avocat de la Ville. Cette dernière veut dissuader d’autres locataires indésirables. Le périmètre est destiné à un nouveau stade de football dans le cadre du programme urbanistique Métamorphose.

Lors d’une audience organisée sur place la semaine passée, la Municipalité avait invoqué des soucis d’hygiène et de sécurité. En contrepartie, elle avait proposé 35 places dans des containers portakabin et 10 dans des abris de la Protection civile afin de caser tout le monde jusqu’au 31 mars 2012.Le collectif, contrarié, avait tenté de faire valoir la valeur de ses expériences potagères. Il avait également dénoncé la pénurie de logements. Les défenseurs des Roms et des sans-abri avaient de leur côté critiqué l’absence de solutions face à un problème récurrent. Au bout du compte, leurs arguments n’ont pas été entendus. Le tribunal a donné raison à la Ville.

Policiers et pelles mécaniques s’activeront donc le 19 décembre. Cet été, d’autres maisonnettes, abritant des Roms, avaient déjà été démolies. Ces opérations, menées par un exécutif dominé à six contre un par la gauche, suscitent l’incompréhension dans les milieux proches des squatteurs et chez les amis des Roms. Ces derniers surtout, dénoncent leurs partisans, sont amendés pour camping sauvage et chassés systématiquement dès qu’ils s’installent durablement quelque part en ville pour passer leur nuit.

Quant à Zoé, elle ne sait pas encore comment les occupants vont réagir. Dans les cabanons, sous les trombes d’eau, on attend d’en savoir davantage sur les portakabin promis. Zoé se demande encore, avant de raccrocher, ce qu’il va se passer après le 31 mars, le jour où ses logements temporaires seront fermés et les uns et les autres se retrouveront à nouveau à la rue.