La reconstruction de la confiance et des relations de travail acceptables au sein de la RSR ralentit durant l'été et les vacances. La commission chargée de s'atteler à la tâche, à la suite de l'affaire des fichiers pédophiles, ne sera opérationnelle qu'à la rentrée, précise Me Catherine Jaccottet Tissot. Désignée en tant que présidente indépendante d'une entité paritaire composée de cinq représentants de la direction et de cinq salariés, syndiqués et non syndiqués, elle ne dira rien de plus avant la fin du mois d'août. Experte en médiation et négociations collectives, elle mesure à quel point le dossier est sensible et ne souhaite pas s'adresser aux médias avant de communiquer avec les collaborateurs de la RSR.

Donc il faudra attendre, après les derniers événements qui ont émaillé l'affaire. La diffusion du rapport de l'expert indépendant, l'ancien juge Jacques Reymond, mandaté par la RSR et la RTSR, assorti de l'éloignement du cadre détenteur des images incriminées, du refus de réintégrer l'informaticien par qui le scandale est arrivé et de contraindre Gérard Tschopp, son directeur, à réformer le management interne, a bétonné la position officielle de la société.

L'arrêt de la grève de la faim de Jorge Resende, afin de poursuivre devant les tribunaux l'annulation de son licenciement pour reprendre ensuite sur d'autres bases les pourparlers avec la RSR -dont il rejette toujours les offres d'indemnités et de recyclage - a en revanche marqué la riposte de l'employé accusé d'avoir violé son devoir de réserve.

Exaspérations

Or, l'attente nourrit des sentiments contrastés à la maison de la rue du Temple, à Lausanne. Il y a ceux qui montrent quelques signes d'exaspération et les partisans de l'informaticien. Une pétition sur Internet a d'ailleurs déjà récolté 2000 paraphes. Rassemblé hier autour de Jorge Resende annonçant la fin du sit-in, de la grève et le début de la bataille judiciaire à la fois contre son licenciement et pour obliger la RSR à prendre ses responsabilités face à la pédophilie, un groupe de soutien a félicité le collègue qui renonce à un moyen de lutte extrême, mais a également exprimé toute son amertume vis-à-vis des conclusions du rapport. La trentaine de personnes réunies se sont déclarées «inquiètes quant aux possibilités de changement de cette direction qui pratique le secret de famille».

Selon les participants à la manifestation, l'affaire Resende a fait «éclater au grand jour les dysfonctionnements» de l'entreprise sur fond d'impératifs économiques et de «brutalités dans les rapports de travail». Même s'ils ne représentent pas la totalité du personnel et des opinions, ils accusent la direction actuelle d'avoir cloisonné départements et services de manière à rendre impossible toute mobilisation collective, malgré un taux élevé d'employés syndiqués: 300 sur les 600 effectifs comptabilisés par la direction.

Les signataires du document distribué hier sur le macadam dénoncent encore le fossé qui s'est creusé au fil des ans entre les cadres qui administrent et les collaborateurs qui font la radio. Du coup, le mandat confié à Gérard Tschopp d'autoréformer la direction leur semble bancal.

Voilà pourquoi le travail de la commission est semé d'embûches. Il devra à la fois ramener la sérénité, se confronter aux problèmes et façonner des propositions acceptables par tout le monde. En sachant qu'une crise pareille ne laissera pas indemne la RSR.