L’affaire des dysfonctionnements à la RTS révélée par Le Temps en octobre dernier prend de l’ampleur. Après les premiers résultats des enquêtes publiés par le Conseil d’administration de la SSR le 16 avril dernier, il restait à prendre connaissance des conclusions du Collectif de défense (CDD). Or, il apparaît que celui-ci préconise l’ouverture de deux nouvelles enquêtes pour déterminer si des agissements de harcèlement ont été commis par deux collaborateurs toujours en poste à la RTS. Dans un communiqué, l’unité romande de la SSR réitère qu’elle veut «agir avec force» pour lutter contre toute forme de discrimination.

«Nombreuses situations problématiques»

Mandaté par la RTS et le Syndicat suisse des mass media (SSM), le CDD a recueilli quelque 230 témoignages au total sur des cas potentiels de harcèlement, d’écarts de conduite et de souffrance au travail, dont 180 restaient à analyser jusqu’à aujourd’hui. Sa ligne a été ouverte durant deux mois et demi à toute personne travaillant ou ayant travaillé à la RTS sans limite temporelle. Il en ressort de «nombreuses situations d’atteinte à la personnalité». Mais aucun témoignage ne fait état d’un cas toujours en cours et qui aurait nécessité le lancement d’une enquête ces derniers mois.

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En revanche, le CDD a décelé dans le passé des agissements de harcèlement commis par deux collaborateurs encore en poste aujourd’hui à la RTS, qui seront suspendus le temps d’éclaircir les faits. Ces enquêtes seront menées en toute indépendance et dans le plus strict respect de la protection de la personnalité par un bureau indépendant. De plus, le CDD signale des comportements potentiellement inadéquats concernant neuf personnes aujourd’hui à la retraite ou ayant quitté l’entreprise. Celles-ci seront informées du fait qu’elles sont mentionnées dans les témoignages. Enfin, le CDD dénonce le climat de travail dans deux secteurs, où il s’agira de vérifier d’éventuelles atteintes à la personnalité.

«Dispositifs de prévention insuffisants»

A la tête de la RTS – 2000 collaborateurs pour un budget annuel de 380 millions de francs –, le directeur général Pascal Crittin traverse une grosse période de turbulences. Déjà critiqué pour ses mesures d’économie qui crucifieront l’émission économique TTC et la réduction de la voilure pour les débats d’Infrarouge, il doit désormais s’attaquer à un climat d’entreprise à l’évidence délétère. Ce matin, il s’est adressé à son personnel. Dans son message, il a «vivement regretté les atteintes à la personnalité qui ont pu se produire ces vingt dernières années» et il s’en est excusé. Il a promis de mettre en place un plan d’action pour améliorer les dispositifs de prévention jusqu’ici insuffisants pour protéger le personnel.

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La SSR annonce des mesures pour lutter contre le harcèlement

La SSR, qui tenait un Conseil d’administration ce mercredi, annonce 25 mesures fortes pour améliorer la protection de l’intégrité de son personnel. Parmi elles, une charte, un code éthique et une réglementation destinés à toutes les unités de l’entreprise de service public de l’audiovisuel suisse. 

L'enquête du Temps a fait l’effet d’une bombe au sein de la SSR, qui a décidé de faire de la culture d’entreprise un objectif stratégique. Désormais, le mot d’ordre est clair: «Tolérance zéro» en matière de harcèlement, qu’il soit d’ordre psychologique ou sexuel. A cet effet, la SSR compte développer, sur une base de collaboration avec le personnel, une «charte pour l’intégrité et la lutte contre les discriminations», cela dans toutes les unités de l’entreprise. Une réglementation prévoit des sanctions en cas de non-respect de la charte. Pour lutter contre la loi du silence qui a régné jusqu’ici, la SSR désignera deux personnes de confiance dans chaque région linguistique. Elle réorientera aussi sa plateforme pour les lanceurs d’alerte.

La culture d’entreprise, un objectif stratégique

«Il me tient personnellement à cœur de tout faire pour qu’aucun collaborateur ou collaboratrice n’ait plus à vivre de situation inacceptable sur son lieu de travail, à travers l’instauration d’un environnement basé sur le respect mutuel», assure le président du Conseil d’administration Jean-Michel Cina. «Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir afin que la culture d’entreprise change en profondeur, pour le meilleur», ajoute-t-il. Quant au directeur général, Gilles Marchand, il se déclare «convaincu que la SSR sortira de cette crise plus forte que jamais pour mieux remplir son mandat de service public».