Les commerçants genevois montent au front contre les rues piétonnes. Ils ont exposé vendredi les arguments qui les ont poussés à soutenir un référendum contre le projet de bannir le trafic dans 50 rues ou tronçons de rue en ville de Genève. Selon eux, les arcades directement concernées n’ont guère été consultées. Or, l’économie redoute que l’accès aux commerces ne devienne ardu tant pour les clients que pour les fournisseurs, à cause des reports de trafic sur d’autres axes et de la suppression de parkings. «Il y a déjà des entreprises qui ne veulent plus livrer en ville», pointe Nathalie Hardyn qui préside le Groupement transport et économie.

A la Fédération des artisans et commerçants (FAC), Antonietta Frangi multiplie les exemples de chiffres d’affaires érodés chez des confrères, lors de la clôture d’une voie de circulation au Petit-Saconnex ou durant les chantiers du tram. La FAC craint aussi des hausses de loyers: voilà qui confirmerait plutôt certaines études apparentant les rues piétonnes à des eldorados, du moins pour certains types de commerce. «Il y a un risque d’uniformisation de l’offre, où l’on ne trouverait plus que des magasins de vêtements ou des restaurants», redoute la représentante.

Le projet prévoit certes de compenser 80% des places perdues, et la loi cantonale ordonne même une compensation totale. Mais la manne budgétisée à cet effet semble insuffisante aux opposants. Ceux-ci dénoncent un coût global exagéré (5,1 millions de francs) pour ce test d’un an. «C’est aberrant!» s’exclame Benoît Genecand, chef de campagne.

Fermer un boulevard?

L’objet de la votation du 23 septembre ne constitue que le premier quart d’une initiative municipale exigeant 200 tronçons pédestres. Cela renforce les craintes des opposants, au vu des axes présélectionnés dans une étude commanditée par la Ville: une artère comme le boulevard Jaques-Dalcroze figure dans le dernier lot. «Ce n’est qu’une étude, réagit le maire Rémy Pagani. Un choix politique s’opère ensuite en concertation avec les initiants et l’Etat. Il n’est pour moi pas question de fermer ce boulevard.»

A ces rues piétonnes disséminées dans onze quartiers, les commerçants préféreraient une vaste zone pédestre au centre, desservie par un parking. Un tel projet existe dans le secteur de Rive. Il avait été contesté en son temps par une partie de la gauche et certains commerçants.