Toute la République les a reçus. Plusieurs messages électroniques anonymes jettent le soupçon sur l'organisateur de la Fan Zone genevoise de l'Euro 2008. Selon les cybermissives «de citoyens dégoûtés d'assister aux magouilles entre copains et à l'incompétence de nos politiques», Frédéric Hohl aurait aménagé un système en mesure de réduire à néant les recettes promises à l'Etat. Mandant de l'événement, le canton a conclu un contrat avec sa société NEPSA. Celle-ci lui assure la moitié des bénéfices éventuels engrangés par la Fan Zone installée à Plainpalais. L'enceinte officielle offrira aux supporters de l'Euro 2008, privés de Stade, 120 m2 d'écrans, puis concerts, plats des quatre coins du monde et bière à volonté.

Le canton rejette purement et simplement ces courriels anonymes. «En l'état, il n'y a pas d'indices qui montrent le bien-fondé de l'accusation», déclare Laurent Forestier, responsable de la communication EURO 2008 et secrétaire général adjoint du Département des constructions et des technologies de l'information (DCTI) dirigé par le libéral Mark Muller. «Nous gardons toute notre confiance à l'égard de NEPSA et de Frédéric Hohl» ajoute-t-il. En revanche, les allégations lancées sur le Net poussent quelques députés à voir plus clair, à gauche notamment. Certains ont évoqué interpellations et questions parlementaires lors de la prochaine séance du Grand Conseil agendée dans quinze jours. D'autres ont suggéré l'intervention de la Cour des comptes. Toutefois, rien de concret ne se profile à l'horizon. La prudence reste de mise face à la rumeur. Même si on chuchote qu'en «toute légalité, il arnaquerait l'Etat, une fois de plus».

Montage dénoncé

Frédéric Hohl, député radical au Grand Conseil depuis les élections d'octobre 2005, est une figure incontournable du bout du lac. Producteur de la Revue genevoise, l'homme a présidé les Fêtes de Genève. Il a également été le directeur d'exploitation d'Expo.02; sans oublier la fête d'adieu controversée organisée pour Jean-Pierre Jobin avant de quitter la direction générale de l'aéroport de Cointrin.

Aujourd'hui, il est à la tête de NEPSA, société de production d'événements. Avec elle, il a remporté le concours voulu par le canton en vue de mettre sur pied les animations extra-sportives liées à l'Euro 2008. Un Fan Village, le «Bout-du-Monde» et un Fan Club 08, une boîte de nuit, complètent l'offre de la Fan Zone de Plainpalais. Les courriers anonymes dénoncent précisément le montage de mandataires et de sous-traitants destiné à l'organisation des réjouissances. Selon le réquisitoire livré aux médias et au sérail politique genevois, Frédéric Hohl aurait engagé des sociétés sises à la même adresse que NEPSA à Meyrin, dans lesquelles il serait impliqué, appartenant à des amis et collaborateurs de longue date, afin de court-circuiter l'accord passé avec le canton de Genève. En gros, on lui reprocherait, via la facturation de prestations fournies par ces sociétés proches, de réduire d'autant ses bénéfices et donc la part reversée à l'Etat tout en encaissant ses subventions et profitant de la gratuité des emplacements.

Contrat clair

Les accusations désolent Frédéric Hohl. Il y voit une cabale politique qui affecte la bonne marche de l'entreprise et qui lui procure un tort moral. Il reconnaît toutefois que la fonction de député se concilie mal avec celle de patron actif sur les marchés publics. «Il faudrait que je m'efface quelque peu.» Son omniprésence agace, il le sait.

Pourtant, il ne compte pas se laisser faire. Après l'Euro, il aura le loisir de laver l'affront. Pour l'heure, il répond point par point aux accusations «mensongères et diffamatoires».

Les sociétés en question appartiennent certes à des proches avec qui il travaille depuis longtemps. Cependant, il n'est ni actionnaire ni administrateur de Skynight ou de DPO, responsables de la technique et du son, de APSA, délégués à la restauration, ou de GL Events, préposé aux tentes et pavillons dressés sur le site.

«J'ai un contrat clair avec L'Etat, on peut contrôler et vérifier la moindre pièce, je n'ai rien à cacher. La Cour des comptes est la bienvenue», jure-t-il. Par ailleurs, avance-il encore, «à Genève, il n'y a pas un choix illimité de boîtes capables de fournir les services dont j'ai besoin.»

Il admet, par contre, avoir créé une autre société avec Christian Kupferschmid de Skynight et de DPO, ainsi qu'avec Patrick Abegg de APSA dans le but d'organiser exclusivement le Nouvel An genevois et le Swiss World Music Festival à Vernier. Il s'agit de CPF Organisation Genève SA, régulièrement inscrite au Registre du commerce.

Frédéric Hohl insiste sur son rôle d'entrepreneur qui renfloue les caisses publiques. Certes il bénéficie d'un soutien financier de 20% de la part du canton, mais, insiste-il, «je mets le reste avec les risques qui vont avec», pertes comprises qui seront exclusivement à sa charge.