«Si les écologistes le pouvaient, ils nous brûleraient au bûcher. Peut-être même y ont-ils pensé...» Vladimir Marakutsa ne fait décidément rien dans la demi-mesure. L’homme qui veut bâtir un complexe hôtelier pharaonique à Aminona, dans la périphérie de Crans-Montana (2000 lits pour 650 millions de francs) disait lundi l’étendue de son irritation lors d’une conférence de presse de «remise au point».

Accueil trois étoiles chic à l’hôtel Panorama, commune de Mollens. Petits fours, brochures promotionnelles et grand étalage marketing. L’empreinte russe marque déjà la région que les organisations écologistes le veuillent ou non. La société Aminona Luxury Resort & Village (ALRV) est en effet active en Valais depuis 2008. Pour ficeler son projet «Village Royal», elle aurait déjà dépensé 20 millions de francs en mandat de sous-traitance divers, études et frais d’avocats.

C’est l’objet de ce si grand courroux. La bonne volonté affichée par les promoteurs, leur obstination à peaufiner le dossier pour qu’il réponde aux exigences environnementales défendues par les associations ne rencontrent apparemment aucune gratitude. «Elles ont accepté la discussion une fois, au début. Depuis, elles se contentent de déposer des recours de principe. Elles n’ont rien à nous reprocher juridiquement mais n’ont qu’une ambition: que le projet capote», s’offusque Vladimir Marakutsa.

Dernier recours: au début du mois, le WWF et la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage s’opposaient à la décision du Conseil d’Etat valaisan validant l’autorisation de bâtir délivrée par la commune pour une partie du complexe, une quinzaine d’immeubles. Le dossier est devant le tribunal administratif cantonal. Les autres phases sont moins avancées. Il est prévu d’ériger cinq tours et une quarantaine de chalets, le tout exploité sous la forme hôtelière.

Les efforts consentis? Le standard Minergie, généralisé à l’ensemble du complexe, un concept de mobilité performant – parking décentralisé, transports publics, escaliers roulants, véhicules électriques – ou encore des investissements conséquents pour optimiser l’approvisionnement en eau du site. Vladimir Marakutsa annonce également la prochaine création d’un fonds de trois millions de francs pour soutenir des projets de développement durable dans la région.

Dans leur duel avec les écologistes, les Russes peuvent compter sur l’indéfectible soutien du président de Mollens Stéphane Pont qui voit dans Le Village Royal un projet providentiel, le seul capable de convaincre les dirigeants des remontées mécaniques de Crans-Montana d’investir dans une télécabine, un peu à l’écart du domaine, dont la concession arrive à échéance en 2012.

Pendant que promoteurs et défenseurs de la nature s’écharpent sur les modalités de réalisation du projet, et nourrissent leur thèse à la surenchère, d’autres préoccupations, d’ordre financier, jettent le trouble sur les ambitions russes en Valais. ALRV entretient des relations d’affaires étroites avec le géant russe de l’immobilier Mirax. Or ce dernier aurait flirté avec la faillite durant la crise. Il a connu un curieux retournement de situation ces dernières semaines.

Quelques jours après son principal actionnaire Serguei Polonski a annoncé son retrait des affaires et la dissolution prochaine de la marque Mirax, la société a communiqué qu’elle s’était vu octroyé un crédit de 370 millions de dollars pour achever la construction d’un mégachantier à Moscou. Vladimir Marakutsa confirme la bonne santé du groupe et assure que, «aussitôt que les obstacles à l’autorisation de bâtir du Village Royal seront levés, les financiers se presseront au portillon pour investir dans le complexe. Depuis la crise, il y a énormément d’argent sur le marché et très peu de projets.»

Et l’homme d’affaires d’énumérer les retombées promises dès l’ouverture du chantier: à commencer par 300 places de travail et 400 millions de recettes fiscales.