Ruth Dreifuss a reçu la semaine passée une lettre du Concordat des assureurs maladie suisses (CAMS) lui demandant la tenue d'une table ronde sur le prix des médicaments, faute de quoi une initiative populaire serait lancée. Sa réponse n'est pas encore partie mais ses services affirment d'ores et déjà qu'elle sera négative, tout en déclarant que le dialogue entre partenaires reste «ouvert»… Une façon de jouer sur les mots? «Pas du tout, dément Pascal Coullery, conseiller de Ruth Dreifuss. Nous ne voyons pas l'opportunité d'une table ronde qui devrait avoir pour objet la recherche de nouvelles idées, par contre nous sommes ouverts à des discussions portant sur l'application des mesures déjà prises pour diminuer les coûts.»

Depuis février déjà les assureurs demandent cette grande réflexion de tous les partenaires de la santé sur la manière de contenir le prix des médicaments. C'est Manfred Manser, patron d'Helsana qui a lancé l'idée dans la SonntagsZeitung du 18 février. Le CAMS a pris le relais, par voie de communiqué, le 5 mars au lendemain de la votation sur l'initiative Denner. Ni Manfred Manser, ni le Concordat ne soutenaient l'initiative du grand distributeur mais ils ont toujours considéré que les mesures prises par la Confédération pour contenir les prix étaient insuffisantes. A savoir, notamment, le nouveau système de rémunération des pharmaciens qui doit entrer en vigueur cet été, le droit de substitution des médicaments originaux par les génériques par cette profession, l'autorisation des importations parallèles pour les produits qui ne sont plus protégés par un brevet, et la diminution du prix des anciens médicaments. Mardi, l'Office fédéral des assurances sociales publiera par ailleurs différentes études sur l'efficacité de la LAMal.

Importations parallèles

Les assureurs veulent pourtant déjà franchir un pas de plus en autorisant les importations parallèles soumises à un contrôle, en incitant par un encouragement financier les pharmaciens à substituer les préparations originales par des génériques, ce qu'Helsana fait déjà. Il s'agit également de rembourser les médicaments achetés meilleur marché à l'étranger, ce qui reviendrait à officialiser une pratique existante, d'exclure les médicaments dits de «confort», et enfin d'éviter le gaspillage en éduquant les patients. On estime à 500 millions le montant des produits pharmaceutiques finissant à la poubelle.

Des idées auxquelles tiennent les assureurs et qu'ils veulent faire passer que ce soit par le biais de la fameuse table ronde, qu'ils sont prêts à organiser eux-mêmes, soit par un intense lobbying au parlement, comme l'explique Peter Marbet, porte-parole du CAMS. En tout état de cause les assureurs ne se satisferont pas d'une simple discussion sur l'application des mesures que propose la LAMal.

Manfred Manser, dans une interview au SonntagsBlick du 25 mars, clame haut et fort son engagement et affirme encore une fois que s'il n'obtient pas gain de cause, il n'hésitera pas à lancer une initiative, avec ou sans le CAMS. Son porte-parole, Christian Beusch, convient qu'il s‘agit d'un moyen de pression: «Nous sommes très déterminés», résume-t-il.

Au CAMS, on emploie un langage plus diplomatique, mais pour Peter Marbet, il n'est pas question de rester en plan. Selon lui, l'opinion de Manfred Manser, qui en tant que patron de la plus grande caisse maladie suisse est bien sûr l'un des 14 membres du conseil d'administration du Concordat, reflète celle des autres membres. Il ne lui accorde pas la paternité de l'idée de la table ronde et de l'initiative. Pour la première fois, on parlerait à Lucerne d'une même voix. Un pour tous, tous pour un, les assureurs partent au front.