L'élection au Conseil fédéral du 4 décembre prochain est entrée mardi dans sa phase décisive avec l'audition de Micheline Calmy-Rey et de Ruth Lüthi par les groupes parlementaires. Les deux candidates officielles du Parti socialiste se sont présentées successivement devant les Verts, les radicaux, les démocrates-chrétiens, les libéraux et les évangéliques. Les démocrates du centre, qui contestent le siège socialiste, n'ont entendu que leur propre candidat, le Zurichois Toni Bortoluzzi. A l'issue de ces auditions, on constate que la qualité des deux candidates a été unanimement reconnue et que ni les radicaux ni les démocrates-chrétiens ne songent à porter leur choix en dehors du ticket officiel. Mais la surprise consiste dans la remontée de Ruth Lüthi, que ces auditions semblent avoir placée sur un pied d'égalité avec Micheline Calmy-Rey, alors que la Genevoise partait grande favorite.

Non pas que Micheline Calmy-Rey ait ait raté cette forme d'examen d'aptitude au gouvernement. Au contraire, les deux candidates se sont, dit-on, tirées d'affaire aussi bien l'une que l'autre. L'élément qui ressort de ces auditions est que Micheline Calmy-Rey n'est pas parvenue à confirmer, devant les groupes, l'avance qu'elle possédait jusqu'ici. Aucun de ceux-ci n'a pris clairement position en sa faveur, les radicaux se réservant de le faire mardi prochain, à la veille du scrutin.

Ce n'est pas tant le programme des deux candidates qui a joué un rôle. Elles l'ont si abondamment décliné dans les médias qu'elles ne pouvaient plus guère surprendre en la matière. Tout se jouera sans doute sur leurs personnalités respectives, et la façon dont les parlementaires imagineront ce qu'elles pourraient apporter au fonctionnement du collège. Le punch et l'intellectualisme de Micheline Calmy-Rey sont opposés au caractère plus consensuel et à l'approche plus affective de Ruth Lüthi. «Avec le cœur, je voterais pour Ruth Lüthi, avec la raison pour Micheline Calmy-Rey, et je ne sais pas encore lequel l'emportera», résume un radical. L'état d'esprit du groupe radical, où la personnalité de Ruth Lüthi semble précisément avoir fait une forte impression, paraît être à l'unisson de celui de cet élu romand. Les démocrates-chrétiens, pour leur part, ont tout simplement renoncé à prendre parti. Ni l'appartenance cantonale ni la controverse linguistique n'ont joué de rôle à ce stade, mais ce sont des critères qui devraient prendre du poids dans les calculs politiques à court et à long terme qui interviendront dans la semaine qui reste avant le 4 décembre.

Les Verts, comme les libéraux, n'ont pas non plus tranché entre les deux candidates. Le groupe libéral a également entendu Toni Bortoluzzi et affecte de s'étonner d'une caractéristique pourtant bien connue de l'ensemble du parlement: le candidat de l'UDC ne parle pas un mot de français. Quant aux socialistes, ils étaient pour une fois spectateurs. La cheffe du groupe, Hildegard Fässler, a choisi le ballon pour évacuer les tensions. Le groupe socialiste et ses deux candidates étaient conviés mardi à une soirée football, avec le match Bâle-Manchester United sur écran géant. Jean Studer ayant pris un carton rouge pour trois matches, comme le relève un esprit facétieux, tout a dû fort bien se passer.