Le gouvernement belge pourrait être tenté d'utiliser la ratification des accords bilatéraux avec la Suisse, à laquelle Bruxelles n'a pas encore procédé, pour faire pression sur la direction de SAirGroup dans la crise ouverte par le sauvetage de Sabena. C'est ce qu'a clairement fait savoir au patron ad interim et président du conseil d'administration de SAirGroup, Eric Honegger, l'un de ses contacts au gouvernement belge. La compagnie suisse a confirmé l'information révélée dimanche par l'hebdomadaire SonntagsZeitung.

Le mystère reste toutefois entier sur la personne qui, au sein de l'exécutif belge, a tenu ces propos. SAirGroup a refusé d'indiquer de qui provenait la mise en garde. Interrogé par la SonntagsZeitung, le ministre belge des Participations publiques, Rik Daems, qui a rencontré Eric Honegger jeudi et qui, selon l'hebdomadaire, est vraisemblablement à l'origine de la démarche, a toutefois démenti avoir établi un lien entre l'assainissement de Sabena et la ratification des accords bilatéraux.

Pour SAirGroup, explique Hans Klaus, porte-parole de la compagnie, il s'agit là d'une question politique qui ne doit pas influer sur les décisions à prendre pour assurer la survie financière de Sabena, dont SAirGroup détient 49,5% du capital, le reste appartenant à l'Etat belge. Cet objectif est pour l'instant prioritaire et l'emporte sur les réticences que l'Etat belge – qui est partenaire de SAirGroup dans le capital de Sabena – pourrait avoir à ratifier les accords bilatéraux et, parmi ceux-ci, l'accord sur le transport aérien qui doit précisément permettre à Swissair de se développer en Europe et auquel est subordonnée la prise de contrôle majoritaire, annoncée, de SAirGroup dans Sabena.

Unique

Ni le Conseil fédéral ni aucun de ses membres n'a fait l'objet, de la part de l'exécutif belge, d'un avertissement du même ordre que celui qui a été adressé à Eric Honegger. Pour l'heure, aucune démarche politique n'est prévue du côté suisse, où l'inquiétude n'est pas perceptible. Le patron de SAirGroup – ex-conseiller d'Etat zurichois, en fonction depuis la démission de Philippe Bruggisser à la fin du mois de janvier – reste en contact avec le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, chef du Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, dont dépend le trafic aérien.

Au sein des Quinze, seules quatre ratifications des accords bilatéraux sont déjà formellement intervenues, celles de l'Autriche, de l'Allemagne, du Portugal et du Royaume-Uni. Après avoir tablé sur une entrée en vigueur des accords bilatéraux en janvier 2001, le Conseil fédéral, au vu du retard pris par une majorité des Etats membres de l'Union européenne, a repoussé ses pronostics, d'abord à la mi-2001 puis au début de 2002. Cette situation d'attente augmente le risque que l'un des partenaires de la Suisse cherche à utiliser la ratification des accords bilatéraux pour obtenir des assurances à l'occasion d'un quelconque différend. SAirGroup est ainsi aux prises avec une situation tendue sur le front syndical au sein de ses filiales françaises.