Olivier Jornot sera le futur procureur général du canton de Genève. Le suspense n’aura finalement duré qu’une quinzaine de minutes. A l’issue du premier tour déjà, l’avocat et député libéral, visiblement ému, a recueilli la majorité absolue avec 49 voix sur les 97 bulletins valables. Son seul concurrent sérieux, le juge Christian Coquoz, présenté par le PDC et soutenu par la gauche, a obtenu 39 suffrages alors que l’avocat Pierre Schifferli (UDC) a récolté 9 voix.

C’est bien la première fois dans l’histoire récente du canton qu’un procureur général extérieur à la magistrature se présente et est élu. Cette perspective commençait déjà à se concrétiser une heure avant le vote, lorsque le MCG a annoncé son intention de soutenir le candidat du PLR en raison de «sa volonté de durcir la politique criminelle» et «d’empêcher Genève de devenir un paradis pour la pègre». Avec 17 députés, ce parti a fait pencher la balance d’entrée de cause. Selon son chef de groupe, Roger Golay, aucun «arrangement» ou marchandage politique n’a motivé cette décision.

Exceptionnellement, le Bureau du Grand Conseil avait autorisé les groupes à présenter brièvement leur favori. Du côté du PLR, Nathalie Fontanet a loué les compétences, l’énergie, la capacité de travail et le sens du dialogue d’Olivier Jornot. «Un homme loyal et homme de consensus.»

Pour le PDC, Philippe Morel a estimé que Christian Coquoz, magistrat réfléchi, déterminé, nuancé et expérimenté, était le mieux à même de relever les nombreux défis posés au futur patron du Parquet. «Son intérêt et son goût pour l’action pénale, ainsi que sa volonté de juguler le problème de la criminalité», ont encore été soulignés par le député.

Les Verts, qui avaient espéré une candidature de consensus, se sont ralliés à celle de Christian ­Coquoz. «Le procureur général doit faire preuve d’une grande ­indépendance face au pouvoir politique mais aussi face au pou­voir économique», a expliqué Mathilde Captyn. Un soutien également affiché par les socialistes ­ «à cette personne qui représente au mieux l’idée d’une justice à visage humain». Mais avec un bémol. «Nous prenons rendez-vous dans deux ans pour une élection devant le peuple», a lancé Lydia Schneider Hausser.

La dernière élection d’un procureur général par le parlement remonte à 1985. Celle-ci opposait deux juges de la Cour, l’un libéral et l’autre radical. Normalement, c’est le peuple qui se prononce tous les six ans. L’élection est tacite dans les deux cas de figure lorsqu’un seul prétendant vise le poste. La démission de Daniel Zappelli en cours de mandat ainsi que le nombre de candidatures à cette succession a ressuscité cette prérogative des députés.

Une compétence que le Grand Conseil a exercée à un moment particulièrement délicat. Le Ministère public a vécu une année mouvementée avec l’entrée en vigueur de la procédure pénale unifiée tant décriée, l’engagement massif de nouvelles recrues et l’adaptation à une foule de règles.

Premier magistrat de l’ordre judiciaire et troisième personnage de la République, le nouveau procureur général devra, selon l’avis unanimement partagé, donner l’exemple, guider l’institution et s’investir dans la réforme. L’entrée en fonction est fixée au 1er avril 2012.

Un temps dont Olivier Jornot a dit, lors d’une brève rencontre avec la presse à l’issue du vote, avoir besoin pour régler ses affaires et quitter son étude. «C’est un bouleversement complet dans ma vie qui va nécessiter une période de réorganisation.» L’élu a également indiqué qu’il abandonnait son mandat de député et cessait de siéger dès à présent. Le futur procureur général s’est aussi refusé à commenter le décompte des voix. «Chacun analysera le résultat à sa manière. Pour ma part, je regarde désormais vers l’avenir.»

Cet avenir, Olivier Jornot, 42 ans, le voit déjà se diriger rapidement vers l’analyse du budget dont a besoin le pouvoir judiciaire. «Je pense que les moyens du Ministère public sont en l’état insuffisants. Pour les autres juridictions, je réserve mon appréciation.» Sur le soutien apporté à sa candidature par le MCG, le libéral a souligné être resté totalement étranger aux négociations de coulisses et avoir tenu «un discours rigoureusement identique» face à tous les partis qui ont bien voulu l’auditionner. Un discours dont faisait partie «une politique volontariste face à toutes les formes de criminalité».