Fribourg

La saga des Steiert en terres fribourgeoises

Jean-François et Thierry Steiert marqueront cette année la vie politique à Fribourg. Le premier, conseiller national, est pressenti pour rejoindre le Conseil d’Etat. Le second s’apprête à reprendre la syndicature de la capitale

2016 est l’année des Steiert en terres fribourgeoises. Impossible de soulever un bouquet de roses – symbole des socialistes – sans tomber sur l’un ou sur l’autre.

L’aîné d’abord, Jean-François, 55 ans. Meilleur élu des conseillers nationaux du canton en octobre dernier, il est aussi un des plus influents parlementaires sous la coupole, toutes catégories confondues. Il pourrait cependant quitter la capitale fédérale d’ici à la fin de l’année, car son nom circule pour rejoindre le Conseil d’Etat. Il devrait être officiellement candidat d’ici l’été aux élections cantonales de novembre prochain. La moustache en frétille d’avance.

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De deux ans son cadet, Thierry est aussi en tête de classement, mais en Ville de Fribourg. Mieux élu des conseillers communaux en février, il devrait reprendre la syndicature lors de la séance de répartition des dicastères, le 16 avril prochain. La voix est royale car la gauche est majoritaire à l’exécutif et au législatif. L’homme est beaucoup plus discret mais il a de solides appuis dans la capitale.

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Pas socialistes de naissance

Les Steiert ne sont pas tombés dans le chaudron de la politique. Ils ne sont pas non plus socialistes de naissance. «Notre père était médecin de famille, explique Jean-François. Il n’était pas engagé politiquement. Par contre, il nous expliquait les difficultés de certaines familles pour accéder aux soins lorsque l’assurance-maladie n’était pas encore obligatoire. On en discutait et cette injustice m’a marqué. Je situe là mon goût pour la politique».

Thierry Steiert acquiesce mais évoque surtout son intérêt, dès l’âge de 15 ans, pour la politique allemande, mise à mal par la Fraction Armée rouge. Il suit les événements en lisant le «Spiegel». Et il admire l’ex-chancelier Helmut Schmidt.

Deux styles

Attablés dans un café qui sert régulièrement de «stamm» aux socialistes fribourgeois, les deux frères se racontent, disent leurs disputes de garçons, leurs courses à ski – «On faisait du freeride avant l’heure», selon l’aîné. Avec dix ans d’écart, est arrivée un troisième frère, Laurent, aujourd’hui chef suppléant de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture.

Par contre, lorsqu’il s’agit de parler politique, les sourcils se froncent, les visages se figent. Ils se regardent en coin. Eviter à tout prix l’étiquette de fratrie? Peut-être. Car c’est loin d’être un atout en politique. De plus, ils ont suivi chacun leur propre chemin et ont leur propre réseau, leur propre style.

«Thierry aime aller droit au but, explique son frère. Il a des idées extrêmement claires et est très solide sur les dossiers. Il sait exactement où il veut aller. Il est beaucoup moins joueur que moi, qui aime le côté ludique des choses et peux faire beaucoup de détours pour arriver où je veux.»

Le concerné acquiesce: «Mon frère est un animal politique. Il est aussi un excellent joueur d’échecs. Moi, je connais les règles mais je joue très mal. Et contrairement à lui, je n’aime pas les stratégies compliquées.»

Champions en traduction

Les Steiert sont différents jusque dans la manière d’être bilingue. Ils grandissent dans un environnement germanophone mais parlent français à la maison. Jean-François fait l’école primaire en allemand mais décide de bifurquer vers le français au collège. Thierry suit toute sa scolarité en langue allemande. Résultat? Thierry est le champion de la traduction du français vers l’allemand et son frère dans le sens contraire.

Très à gauche dans sa jeunesse, Jean-François milite pour le service civil. On voit sa mère circuler avec une voiture parée d’une affiche appuyant sa cause, ce qui fait son petit effet dans leur village singinois. Plus tard, il pense enseigner mais finit par intégrer le Secrétariat général du PS Suisse et ne quitte plus le sérail.

Parcours plus classique pour Thierry, qui se plonge dans des études de droit. Il est greffier au tribunal quand il sort de l’ombre et intègre l’état-major de la direction cantonale de la sécurité et de la justice. Il en deviendra le secrétaire général en 2009. «A cette époque, je siégeais aussi au législatif de la Ville mais ne pensais pas encore faire une carrière politique, dit-il. J’ai fait le grand saut lorsqu’on m’a demandé en 2011 si j’étais intéressé à me présenter au Conseil communal.»

Des pros de la politique

Cinq ans donc que les Steiert sont tous les deux des pros de la politique. Sans s’être concertés pour se répartir les rôles. Et à chacun ses dossiers et ses soucis.

Le conseiller national concède contacter parfois son petit frère pour avoir son avis, tester une idée. «C’est très précieux de pouvoir appeler quelqu’un en qui on a entièrement confiance un dimanche soir à 21h30», dit-il, précisant tout de suite que son dernier coup de téléphone visait à organiser un week-end. «En passant, je l’ai tout de même remercié pour la pose de revêtement phono-absorbant en Ville de Fribourg», plaisante-t-il.

Les deux frères sont d’accord pour dire qu’en famille, s’ils mettent bout à bout toutes leurs conversations, ils parlent plus de culture et de voyage que de politique. «Si c’était le contraire, on se ferait houspiller», assure Jean-François Steiert. Et ce n’est pas dit que ça change.

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