Islam

Saïda Keller-Messahli: «La Suisse est un terreau propice à la radicalisation»

La fondatrice et présidente du Forum pour un islam progressiste, Prix suisse des droits de l’homme 2016, se dit alarmée par la taille du réseau salafiste en Suisse. Elle donne une conférence ce samedi soir à Lausanne

Quel islam voulons-nous en Suisse? Autour de cette question, une conférence donnée par Saïda Keller-Messahli, Prix suisse des droits de l’homme 2016, se tiendra samedi soir à Lausanne. La fondatrice et présidente du Forum pour un islam progressiste parlera de son inquiétude face à un réseau salafiste important en Suisse et un Etat, selon elle, négligent.

Lire aussi, lors de la création du Forum: Saïda Keller-Messahli: «Les musulmans doivent faire leur autocritique»

Le Temps: Dans quelle situation se trouvent les musulmans de Suisse?

Saïda Keller-Messahli: La grande majorité des imams de Suisse est orientée vers le salafisme et connectée avec l’étranger. Je trouve la situation inquiétante. Le salafisme est une idéologie radicale: chaque djihadiste est salafiste. Une toile s’est tissée entre la Suisse alémanique, l’Allemagne, l’Autriche ces dernières années: des imams ont travaillé en réseau afin de faire avancer l’idéologie salafiste. Je donne des cours au personnel pénitentiaire concernant les risques de radicalisation. Dans les prisons, où la plupart des incarcérés sont musulmans, je m’aperçois que certains imams salafistes font rentrer du matériel de propagande qui vient d’Arabie saoudite. Pareil avec les réfugiés. J’en suis alarmée, la Suisse est devenue un terreau propice à la radicalisation.

- Que préconisez-vous?

- Il faut une plus grande vigilance de l’Etat et arrêter de laisser les associations islamiques gérer ces réseaux d’aumôneries. Il faudrait que les interlocuteurs officiels soient des musulmans laïques, qui ne soient pas affiliés à des organisations.

- Le canton de Vaud offre depuis peu la possibilité à des religions minoritaires de se faire reconnaître par l’Etat. Pensez-vous que cela soit une bonne idée?

- Non, je suis contre cette reconnaissance. Même à l’intérieur de l’UVAM (Union vaudoise des associations musulmanes), il y a des membres salafistes, or on ne peut reconnaître des organisations qui ne sont pas 100% loyales.


Conférence de Saïda Keller-Messahli: «Quel islam voulons-nous en Suisse?», samedi 18h à la Maison du peuple, place Chauderon 5 à Lausanne.

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