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Deux touristes d'Arabie saoudite assises dans un restaurant à Interlaken.
© PETER KLAUNZER/KEYSTONE

Suisse alémanique

Saint-Gall bannit la burqa de l’espace public

Le parlement cantonal valide l’interdiction de se dissimuler le visage dans l’espace public, au grand dam de la gauche et du PLR. Les jeunes socialistes comptent lancer un référendum contre ce texte

Après le Tessin, Saint-Gall est le second canton de Suisse à décréter une interdiction de se voiler le visage dans l’espace public. Mardi, le parlement cantonal a validé une nouvelle loi, portée par l’UDC et le PDC, majoritaires avec 66 sièges sur 120. Le PLR, les Vert’libéraux, les Verts et les socialistes se sont opposés, en vain. Selon ce texte, validé par 57 voix contre 55, «toute personne qui se rend non reconnaissable en dissimulant son visage dans l’espace public et met ainsi en danger la sécurité publique ou la paix sociale et religieuse sera punie d’une amende».

Signe contre l’extrémisme ou politique symbole?

La droite conservatrice entend montrer ainsi un signe contre «l’extrémisme religieux», tandis que la gauche et le PLR y voient une «pure et vaine politique de symbole». «Comment comptez-vous prouver qu’une personne intégralement voilée présente un danger? Cette loi est simplement inapplicable», ont répété mardi les opposants. Le conseiller d’Etat saint-gallois responsable du Département de la justice et de la sécurité, le socialiste Fredy Fässler, a fustigé une loi «inutile et insensée», sans toutefois parvenir à inverser la tendance.

Lancement d'un référendum

Au lendemain du vote, mercredi, les jeunes socialistes ont annoncé sur Facebook le lancement d'un référendum contre cette décision «non seulement inutile, mais aussi contraire à notre conception de la liberté et de l'autodétermination des femmes».

En avril, le gouvernement cantonal s’était lui aussi prononcé contre une interdiction de se dissimuler le visage, ne voyant pas d’intérêt public, ni de nécessité à légiférer au nom de l’intégration, la plupart des femmes intégralement voilées en Suisse étant des touristes de passage. L’exécutif avait proposé toutefois d’inscrire dans la loi l’obligation de montrer son visage lors de contacts avec les autorités ou l’administration. Pas suffisant, avait estimé la commission du parlement chargée de plancher sur la question.

Ne pas confondre niqab et hidjab

Ainsi, le port du niqab ne sera plus autorisé dans l’espace public saint-gallois, puisque c’est bien le voile intégral qui est visé. Un vêtement inexistant, de ce côté-ci de la Suisse, souligne le député socialiste Etrit Hasler: «J’ai aperçu une burqa une seule fois. Elle était portée par un artiste égyptien qui réalisait une performance dans la rue. Il s’est fait arrêter par la police au bout de quinze minutes», se souvient-il. Or, pour la majorité de la droite, Saint-Gall doit «affirmer ses valeurs fondamentales en refusant un signe d'oppression des femmes».

A l’origine de cette proposition de loi: le cas très médiatisé d’une élève musulmane de 14 ans, à l’école de Sankt Margrethen, qui avait refusé d’ôter son foulard islamique en classe. Il ne s’agissait pas d’un niqab, mais d’un hidjab – un voile couvrant la tête, le cou et les épaules et laissant apparaître le visage. La direction de l’institution avait demandé à l’adolescente de le retirer sur la base d’un règlement bannissant tout couvre-chef des salles d’école. L’affaire était remontée jusqu’au Tribunal fédéral qui avait finalement désavoué les autorités scolaires, estimant que leur décision contrevenait à la liberté religieuse.

Lire aussi: Le Tribunal fédéral ouvre la porte au port du voile en classe

Une future approbation plus large?

A la suite de cette affaire, plusieurs motions réclamant de nouvelles directives vestimentaires avaient été déposées au parlement, dont celle de l’UDC réclamant d’instaurer une interdiction de se dissimuler le visage en public. Faut-il voir dans la décision saint-galloise un signe avant-coureur d’une approbation plus large, en Suisse, d’une interdiction de la burqa? C’est ce que veut croire le Comité d’Egerkingen, à l’origine d’une initiative fédérale dans la même veine, sur laquelle le peuple devrait se prononcer d’ici à 2020. «Cela montre qu’il y a une disposition émotionnelle favorable à cette idée en Suisse», estime de son côté Etrit Hasler.

Jusqu’ici, seul un canton, le Tessin, a adopté une telle interdiction à la suite d’une votation populaire, en 2013. Plusieurs parlements cantonaux, comme Berne ou Soleure, se sont prononcés contre. A Bâle-Ville, une initiative des Jeunes UDC dans la même veine a été jugée irrecevable. En mai dernier, la Landsgemeinde de Glaris avait refusé d’inscrire l’interdiction de se dissimuler le visage en public dans la loi cantonale. De nombreux citoyens disaient vouloir attendre la votation fédérale pour se prononcer.

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