L'unification du système scolaire suisse n'ira peut-être jamais aussi loin que ne le rêvent les radicaux avec leur projet d'initiative. Mais la discussion lancée montre que l'école suisse aurait, de toute façon, beaucoup à gagner à installer des instruments fiables et reconnus de contrôle de la qualité de l'enseignement. Saint-Gall n'a pas attendu et, discrètement dans son coin, a fait œuvre de pionnier en Suisse.

Claudia Coray, la responsable du projet saint-gallois, a été une enseignante de prim' sup' passionnée, puis elle a tenu quelques années un bistrot. Avant de faire son retour dans le milieu scolaire pour piloter le «Cockpit des classes» – terme choisi parce qu'il fait référence à des instruments de mesure qui permettent de s'orienter.

Correction en ligne

De son passage dans l'économie privée, elle retire le constat suivant: «La plupart des enseignants n'ont jamais vu autre chose que l'école et ne connaissent pas d'autres systèmes où l'autocritique fait partie du quotidien. Nous n'avons malheureusement pas de culture du contrôle et de l'évaluation en Suisse.»

Cockpit permet aux enseignants de tester les connaissances de leurs élèves en allemand et en maths et de comparer les résultats obtenus avec ceux d'autres classes. Il est également possible de suivre les progrès de chaque élève. Le modèle prévoit trois tests de référence par année en maths et en allemand, de la 3e à la 9e année.

La correction des épreuves se fait en ligne, ce qui permet de voir immédiatement où se situe sa classe par rapport à une moyenne cantonale établie préalablement sur la base d'un échantillon représentatif de 500 élèves. La participation est libre, chaque maître étant par ailleurs le seul à voir ses résultats.

Au service des profs

A Saint-Gall, 85% du corps enseignant recourent régulièrement au «Cockpit des classes». «Cela me permet de voir où j'ai des lacunes et ce que je devrais approfondir. Je ne suis pas intéressé à obtenir de bons résultats», déclare Leo Eugster, 60 ans, qui enseigne à l'école primaire Saint-Leonhard à Saint-Gall. Dérive possible du système, certains profs en effet adaptent leur enseignement aux questions posées dans les tests.

Si Leo Eugster déclare n'être pas intéressé à comparer sa classe à la moyenne cantonale – ce qui est contraire aux buts que s'est fixés le Cockpit –, il examine avec une grande attention les performances de chacun de ses élèves: «J'ai dû déjà plusieurs fois revoir mon jugement et constater que, par exemple, j'avais tendance à surévaluer l'un ou l'autre.»

A chaque classe son score

Sa collègue Christa Zingg montre pour sa part à ses élèves où se trouve la courbe de la classe par rapport à la moyenne cantonale: «Il est bon que la classe se situe par rapport aux autres. C'est positif, mais il ne faut pas en faire toute une histoire. Je commente toujours les résultats avec chacun des élèves: d'un test à l'autre, les plus faibles voient qu'ils ont des possibilités d'améliorer leur score, cela les motive.»

Stefan Wolter, directeur du Centre suisse de coordination de recherche en éducation, reconnaît le caractère novateur des Saint-Gallois. «C'est un premier pas, mais il resterait encore beaucoup à faire pour en faire un véritable instrument de contrôle de la qualité. Car il n'y a aucune pression de l'extérieur pour améliorer les prestations en cas de mauvais résultats. Qui ne sont pas transparents non plus.»

Question de repères

A l'école Saint-Leonhard, située dans un quartier socialement plutôt défavorisé, les maîtres se coordonnent et font le test le même jour. Ils ont également institué un cadre fixe pour discuter des résultats de leurs élèves. «Une telle pratique n'est possible qu'avec une bonne ambiance dans l'équipe», explique Christa Zingg. «Nos enfants n'ont par exemple aucune chance de se rapprocher de la moyenne cantonale pour les questions de vocabulaire. Nous sommes en train de réfléchir aux moyens qui permettraient d'améliorer la maîtrise d'une sorte de lexique de base minimum. Mais la question reste: comment pourront-ils l'apprendre s'ils ne l'utilisent pas régulièrement à la maison?»

Le projet saint-gallois d'évaluation a démarré en 1999 et s'étend depuis la rentrée 2004 aux sept niveaux primaires depuis la 3e. «L'impulsion est venue des enseignants. Après la suppression des examens pour le passage au niveau secondaire, beaucoup ont ressenti le besoin de savoir où ils en étaient par rapport aux autres. Et les plus jeunes étaient intéressés à des points de repère dans l'avancement des programmes. Surtout depuis qu'ils ne sont plus définis pour une seule année», explique Claudia Coray. Le directeur de l'Instruction publique, Hans Ulrich Stöckling, est tout de suite convaincu par l'entreprise et donne son feu vert.

Saint-Gall vend entre-temps son système d'évaluation de l'enseignement de l'allemand et des maths au Liechtenstein, à des écoles privées, et à sept cantons de Suisse orientale, dont Zurich, ce qui n'est pas une mince reconnaissance.

Le puissant voisin a décidé de l'introduire depuis la rentrée 2004 sur une base volontaire en 3e, 6e et 8e année. Non sans l'avoir soumis au préalable à une imposante évaluation scientifique. Les Zurichois ont même accepté de garder le pool d'élèves saint-gallois comme référence. Après un essai avec une série de tests, il est en effet apparu que, malgré des programmes d'études différents, les résultats entre les deux cantons ne présentaient que des différences minimes.