Les cantons romands sont champions lorsqu'il s'agit d'évoquer le fédéralisme contre les visées interventionnistes de l'Etat central, mais étrangement, ses conseillers d'Etat n'ont pas répondu à l'appel de la Conférence internationale sur le fédéralisme qui s'achève ce vendredi à Saint-Gall. Sur un budget de 5 millions de francs pour cet événement rassemblant experts et politiciens de haut vol, la Conférence des gouvernements cantonaux en assume pourtant 2 millions, autant que la Confédération. Les Canadiens, dont il est bien connu que certains sont francophones, ont envoyé une importante délégation, et leur premier ministre, Jean Chrétien, prononce le discours de clôture aux côtés de la conseillère fédérale Ruth Metzler. La Fribourgeoise Ruth Lüthi, seule représentante romande avec son collègue valaisan Wilhelm Schnyder, précise que les invitations ont été envoyées longtemps à l'avance. André Baltensperger, ancien secrétaire de la Conférence des gouvernements cantonaux qui a participé à l'élaboration du forum de Saint-Gall, regrette l'absence des Romands, mais se montre diplomate: «Si la conférence s'était tenue à Lausanne, ils auraient été plus nombreux.»

«L'absence du canton de Vaud est due à la transition de gouvernement, ainsi qu'aux travaux importants en début de législature», indique Chantal Tauxe, porte-parole au Département vaudois des institutions et relations extérieures. Le chancelier genevois, Robert Hensler, invoque également la charge due à la rentrée politique et notamment une séance extraordinaire du Grand Conseil. «L'absence de Genève est liée aux agendas respectifs, il n'y a pas d'autre raison», dit-il. Tout avait été fait pour attirer un public suisse, ainsi que l'explique Luzius Mader, vice-directeur de l'Office fédéral de la justice et un des concepteurs de la conférence: le thème du fédéralisme fiscal, un des trois grands volets, lui était destiné. Outre une forte représentation de Suisse orientale, presque tous les autres cantons, y compris le Tessin, ont délégué un conseiller d'Etat. Erhard Meister, directeur de l'Economie publique de Schaffhouse et membre de l'UDC, présidait un groupe de travail sur la gestion des conflits et les formes d'intervention internationale. «Cela me sort du train-train quotidien et permet de prendre de la distance face à mes propres problèmes», a-t-il déclaré à l'issue de la discussion illustrée par le cas de la Somalie. La question débattue dans un groupe parallèle sur les compétences cantonales et la péréquation financière est-elle un luxe? «Oui, nous sommes un peu comme dans une bulle en dehors au monde réel», répond le Schaffhousois.

Les Romands ne sont pas les seuls grands absents de ce forum sur le fédéralisme: les Américains n'ont pas fait le voyage. Dans un premier temps, les diplomates des deux pays avaient caressé l'idée de faire venir George Bush, mais les organisateurs ont renoncé, craignant que sa présence n'éclipse le contenu des discussions.

Catherine Cossy, Saint-Gall

l Le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a annoncé jeudi que la prochaine édition de la conférence sur le fédéralisme, dans deux ans, aurait lieu en Belgique.