Langues

A Saint-Gall aussi, le français au primaire est attaqué

En finir avec le concordat HarmoS sur les plans d’études: c’est ce que réclame une initiative cantonale sur laquelle votent les Saint-Gallois le 25 septembre. Le texte vise la place du français au primaire

A Saint-Gall, le conseiller d’Etat Stefan Kölliker, responsable de l’éducation, se trouve en posture inconfortable. Cet élu UDC doit combattre son propre parti pour défendre le concordat HarmoS. La population se prononce le 25 septembre sur une initiative cantonale, qui vise à faire sortir Saint-Gall de cet accord, dont l’objectif est d’harmoniser les plans d’études entre les cantons.

Cette revendication vise la place du français à l’école primaire. Car HarmoS ancre la stratégie adoptée en 2004 déjà par la Conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP) en matière d’enseignement des langues, qui veut que deux idiomes étrangers, dont au moins un national, soient enseignés au primaire. Pour les auteurs de l’initiative, ce n’est qu’une «contrainte» imposée par le haut, qui empêche les cantons d’organiser l’école obligatoire à leur guise.

Débats publics et interventions médiatiques

La nervosité grimpe à l’approche du vote. Stefan Kölliker multiplie les débats publics et les interventions dans la presse locale et à la radio, depuis la rentrée, pour tenter de convaincre qu’un retrait de l’accord HarmoS affaiblirait son canton sur la scène nationale. Le ministre cantonal se voit forcé de mener ce débat sur le terrain des langues, principal point contesté par le comité «Pour une école forte», à l’origine de l’initiative: «La plupart des élèves sont à l’aise dans le système actuel, estime-t-il.

Seuls 20% d’entre eux ont des difficultés avec l’apprentissage du français. Et nous avons déjà pris des mesures pour les aider, comme diviser en deux les classes de langues, pour réduire le nombre d’élèves par leçon», dit-il. L’élu UDC parviendra-t-il à sauver HarmoS? Son parti, dominant à Saint-Gall, soutient clairement l’initiative. L’ensemble des autres formations politiques s’y opposent, de même que les milieux scolaires.

Arbitrage attendu du Conseil fédéral

Si la population approuve ce texte le 25 septembre, c’est un nouveau coup de butoir au compromis intercantonal de 2004 sur les langues. Le gouvernement saint-gallois redoute qu’une telle décision ne précipite une intervention de la Confédération. Face aux multiples frondes, en Suisse alémanique, contre l’apprentissage du français au primaire, l’arbitrage du Conseil fédéral est attendu. Berne pourrait décider de modifier la loi fédérale sur les langues pour rendre obligatoire l’enseignement d’un second idiome national au primaire.

Dans le dernier épisode, la Thurgovie avait annoncé biffer le français à l’école primaire, selon la volonté d’une motion parlementaire. Puis le gouvernement s’est ravisé et a remis la décision entre les mains du Grand Conseil, qui devra se prononcer d’ici à une année. Dans le canton de Zurich, le principal syndicat d’enseignants a déposé en février une initiative réclamant le maintien d’une seule langue étrangère au primaire. Prudent, le texte ne précise pas quelle langue, entre le français et l’anglais, devrait être enseignée en priorité, la décision appartiendra au Conseil d’Etat.

«Les enfants doivent d’abord bien apprendre l’allemand»

A chaque fois, la surcharge de travail des élèves dans des classes de niveau très hétérogène est pointée du doigt, comme l’inefficacité du modèle actuel. «Les enfants doivent d’abord bien apprendre l’allemand, avant de passer à d’autres langues. L’école tente d’inculquer beaucoup trop de matières aux enfants, plutôt que de se concentrer sur les fondamentaux: parler, écrire, lire et calculer», déplore l’UDC Michael Fitzi, qui a cofondé le comité «Pour une école obligatoire forte», à l’origine de l’initiative saint-galloise.

Les Saint-Gallois avaient approuvé le concordat HarmoS par votation populaire, en 2008. Or, sortir de cet accord cantonal est désormais la seule façon pour les opposants au français au primaire d’arriver à leurs fins. Pour l’UDC, Saint-Gall représente un front de plus dans la bataille sur l’école. Dans ce débat, il n’est pas seulement question de pédagogie ou d’écoliers surmenés, mais de souveraineté cantonale. «HarmoS nous force à introduire l’anglais en troisième année primaire, puis le français en cinquième année, cela ne fait aucun sens. Laissons les cantons alémaniques discuter ensemble de l’école qu’ils souhaitent», s’emporte Michael Fitzi. A ce jour, quinze cantons – dont l’ensemble des régions francophones – adhèrent à HarmoS, ce qui représente 76% de la population suisse. Sept cantons alémaniques l’ont refusé lors de votations populaires.

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