Si le pèlerinage romain du Jubilé est un flop pour l'Eglise catholique suisse, les évêques ont pu se consoler hier au col du Gothard. Quelque trois mille personnes y sont venues en pèlerinage à l'invitation de l'évêque de Lugano Mgr Giuseppe Torti. L'office religieux était cette année placé sous le signe du Jubilé, puisque Jean Paul II a appelé les églises a le célébrer par des pèlerinages sur leur territoire national.

En bus, en voiture, à pied ou à vélo, les pèlerins en provenance des quatre régions linguistiques du pays et d'Italie ont donc gravi le col, à 2100 mètres. Pour cette année particulière, Mgr Torti a tenu à donner une couleur solidaire à cette célébration en y associant tous ceux qui entourent son diocèse, fidèles et guides spirituels. Soit les évêques de Milan, Côme et Novarre pour l'Italie, de Mgrs Amédée Grab et Norbert Brunner pour les diocèses respectivement de Coire et Sion et de l'abbé de Disentis.

Depuis 1986, les évêques de Lugano célèbrent une messe le jour de la Fête nationale au col du Gothard. «Mgr Corecco (le prédécesseur de Mgr Torti, ndlr) était un enfant d'Airolo. De tout temps, il a considéré que la montagne soutient le sentiment d'élévation spirituelle», explique Mgr Grab. Le Gothard est particulièrement propice aux symboles. Le nom du saint évoque une foi inébranlable, l'imposant massif une force singulière. Enfin, source de quatre fleuves s'écoulant aux quatre points cardinaux, le massif forme «une croix parfaite» à laquelle l'Eglise ne pouvait rester insensible, comme l'a relevé l'un des officiants.

Curieux amalgame tout de même que cette messe célébrée au cœur d'un dispositif stratégique, dans la cour d'un ancien fort aujourd'hui musée militaire, et à quelques mètres d'un des endroits les plus touristiques de Suisse: cloches, saint-bernard en peluche, drapeaux rouges à croix blanche, autant de symboles qui témoignent plus d'un marketing imbécile que d'une élévation spirituelle. Etonnante date enfin que choisit l'Eglise aussi en mélangeant pèlerinage religieux et fête nationale. Pour l'évêque de Coire, il s'agit là d'une volonté des évêques de Lugano à placer dans une perspective historique. Situation tout à fait «légitime» pour Mgr Brunner. Le prélat valaisan constate que les «baptisés sont doubles citoyens: de la société civile et de l'Evangile». La Bonne Nouvelle contient une dimension sociale à laquelle le chrétien ne saurait se soustraire.

L'office a donc été célébré en quatre langues, dans une belle ferveur musicale. Il s'est clos par un cantique suisse quadrilingue particulièrement fervent et applaudi. Le beau temps – fait exceptionnel au Gothard –, le plein air et la convivialité tessinoise ont rendu à la messe un aspect recueilli et bon enfant. Après les agapes spirituelles venaient celles de l'estomac: pique-nique, polenta ou saucisses grillées, l'assemblée s'est dispersée autour des lacs, pendant que les prêtres tessinois se voyaient assaillis par leur famille et leurs ouailles. Quant aux nombreuses sœurs, elles étaient visiblement enchantées de cette escapade touristico-religieuse. Certaines ne manquèrent pas de faire leurs emplettes aux kiosques, toutes charmées par les peluches.