Témoignage

Du salafisme à la lumière, la femme qui accuse Tariq Ramadan

Qui est Henda Ayari, la première à avoir déposé plainte contre l’islamologue genevois pour viol? Parcours d’une Française qui a passé du voile intégral à la liberté. Et qui ne craint pas l’exposition médiatique

Elle ne parvient pas à prononcer son nom, lors de ses nombreuses interventions médiatiques des derniers jours. Pourtant, Henda Ayari l’a bien écrit sur les réseaux sociaux, à la faveur de la campagne contre le harcèlement: Tariq Ramadan, l’islamologue genevois, est celui qu’elle accuse de viol, d’agressions sexuelles, d’intimidations et de menaces, ce que dément l’intéressé. Il a porté plainte à son tour pour dénonciations calomnieuses.

Libérée du salafisme

Qui est Henda Ayari, cette Française d’origine maghrébine qui, la première, a dénoncé Tariq Ramadan? En novembre 2016, Le Temps lui donnait la parole suite à la publication de son livre témoignage (J’ai choisi d’être libre, Flammarion). Rescapée du salafisme, elle y racontait son enfer qui a duré vingt ans.

L’enfermement, la mise sous tutelle, la confiscation de ses enfants, de ses études et de ses rêves. Mais la fierté aussi, au début. Cette manière de conjurer le doute et d’embrasser un carcan idéologique qui, croit-elle alors, aura raison de l’enfance meurtrie et de ses souffrances de femme.

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Fondatrice de l'association Libératrices

Si Henda Ayari choisit la liberté à 39 ans, elle avait tout autant, à 20 ans, choisi l’obscurantisme. Ayari, c’est un parcours heurté, une ligne de faille, une fragilité. Lorsqu’elle opte pour la lumière – le refus du salafisme –, c’est la pleine lumière. Car dénoncer les milieux fondamentalistes musulmans revient à prendre le risque d’une exposition maximale. Cela ne manque pas, d’autant plus qu’elle poste sur les réseaux sociaux une photo d’elle sous le voile intégral, et une autre en perfecto noir, resplendissante.

Un effet miroir qui provoque les félicitations des uns et la haine des autres. Comme galvanisée, la Française raconte son vécu, analyse son parcours; elle fonde l’association Libératrices, un réseau d’entraide pour les femmes et les mères isolées. Affranchie, belle, elle s’ouvre et se retrouve, met en scène une liberté trop longtemps réprimée.

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Agresseur présumé dévoilé

Jusqu’à l’affaire Weinstein. Henda Ayari fait alors irruption dans ce déballage en postant sur Facebook le nom de son agresseur présumé, dont elle parlait dans son livre sous le pseudonyme de Zoubeyr. Elle y décrivait ses violences physiques et morales, sans utiliser le terme de viol. Puis elle porte plainte contre lui.

Nouvelle déferlante médiatique, qui provoque de nombreux soutiens, des promesses de dons pour son association et pour elle, et des avalanches de menaces. Comme si elle se révélait dans cette nouvelle bataille, elle s’expose, dépeint son agresseur comme un manipulateur narcissique, explique avec sincérité qu’elle était sous son emprise morale.

Après les projecteurs, pourtant, c’est un tout autre combat qui attend Henda Ayari, celui des tribunaux. Le prix pour avoir choisi d’être libre, jusqu’au bout.

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