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Nicolas Blancho,  président du Conseil Islamique Suisse (CCIS) en conférence de presse ce lundi 14 mai 2018.
© ANTHONY ANEXKEystone

Terrorisme

Les salafistes suisses transforment leur procès en show médiatique

Trois dirigeants du Conseil central islamique suisse sont jugés dès mercredi pour propagande terroriste. La procédure judiciaire leur offre déjà une tribune inespérée

Mercredi s’ouvre à Bellinzone le procès de Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse (CCIS), et de deux autres membres de cette organisation islamiste, la plus visible de Suisse: Naim Cherni, vidéaste, et Abdel Azziz Qaasim Illi, responsable des médias. Les trois hommes sont accusés de propagande terroriste, un crime passible d’une peine de 5 ans de prison.

«Chasse aux sorcières»

Deux vidéos réalisées en 2015 par Naim Cherni sont au centre de l’accusation. Enregistrées pour le compte du CCIS et postées sur YouTube – elles ne sont plus accessibles depuis la Suisse, bloquées par les autorités – celles-ci donnent la parole à Abdallah al-Muhaysini, que le Ministère public de la Confédération (MPC) considère comme un haut représentant de la branche syrienne d’Al-Qaida. Or, cette organisation est interdite en Suisse.

Sur le banc des accusés aux côtés de Naim Cherni, Nicolas Blancho et Abdel Azziz Qaasim Illi sont accusés d’avoir activement fait la promotion des clips. Le prédicateur saoudien y appellerait les jeunes musulmans d’Occident au «djihad violent», selon le MPC. Les trois prévenus rejettent ces accusations.

Pour annoncer leurs principales lignes de défense, les chefs du CCIS avaient convié la presse ce lundi à Berne. Sur le qui-vive, l’association avait donné rendez-vous aux journalistes dans un lieu public avant de les acheminer jusqu’à une salle de conférences tenue secrète, située au sous-sol d’un hôtel bernois. «Nous avons dû réserver sous un faux nom», ont précisé les organisateurs, qui s’estiment victimes d’une «chasse aux sorcières».

«Nous ne coopérerons pas»

La défense du CCIS est simple: «La loi fédérale interdit uniquement les groupes «Al-Qaida» et «Etat islamique» et les organisations apparentées», a souligné Nicolas Blancho. «Si nous démontrons qu’Abdallah al-Muhaysini n’y est pas affilié, tout l’argument s’effondre.»

Le CCIS soutient mordicus que le prédicateur saoudien est au contraire un «bâtisseur de ponts». Un homme qui a incarné l’islamisation de la rébellion syrienne, tout en combattant par des arguments théologiques l’Etat islamique, encore plus radical et violent qu’Al-Qaida. Et qui, si l’on traduit exactement ses propos de l’arabe, n’a jamais appelé les jeunes musulmans occidentaux au djihad.

Si cette ligne ne devait pas suffire à convaincre les juges – Muhaysini est tout de même l’un des principaux chefs religieux du djihadisme sunnite syrien –, «il faudra encore qu’ils puissent prouver que notre vidéo s’apparente véritablement à de la propagande», a averti Nicolas Blancho.

Les prévenus défendent leur travail «journalistique», qui n’a jamais cherché à offrir une plateforme au terrorisme, disent-ils, mais vise au contraire à «déconstruire le narratif déployé par l’Etat islamique». Le procès intenté par le MPC est motivé par des «buts politiques», s’insurgent les accusés, qui se disent «diabolisés» par une administration suisse «digne d’un Etat autoritaire». Pour toutes ces raisons, «nous ne coopérerons pas durant la procédure», a annoncé le Conseil islamique, «nous ne répondrons pas aux questions qui nous sont posées».

Une communication parfaitement maîtrisée

Accompagnés de Janina Rashidi, conseillère juridique au CCIS et Ferah Ulucay, secrétaire générale de l’association, les trois accusés se sont livrés à une opération de communication soignée avec, en toile de fond, un logo créé spécialement pour l’occasion. Sur celui-ci: les trois hommes de profil sous une bannière qui titre: «Der Prozess» – le procès. L’image fait penser à une affiche de blockbuster. La conférence de presse était retransmise en direct sur Facebook et commentée en simultané sur le compte Twitter du CCIS.

L’aspect marketing est assumé et revendiqué: «L’accusation est purement politique. C’est un procès spectacle», a dénoncé Nicolas Blancho. «Et comme c’est un spectacle, eh bien nous avons développé notre propre visuel, pour jouer d’égal à égal.» L’instruction est annoncée sur le portail web du CCIS comme un événement et une «bande-annonce» est disponible sur le site pour faire monter la pression.

«Stratégie judiciaire risquée»

Le visuel travaillé de la conférence de presse augure un combat idéologique difficile entre l’administration suisse et les accusés. Face à un adversaire bien organisé et sur un sujet aussi délicat, «la stratégie du Ministère public de la confédération dans cette affaire est risquée», prévient un expert antiterroriste suisse ne souhaitant pas être nommé.

«S’ils ne sont pas condamnés à la fin, ajoute-t-il, Nicolas Blancho et ses acolytes auront l’occasion de se gargariser de cette victoire tout en jouant les victimes.»


Fondé le 25 octobre 2009, en pleine campagne pour l’interdiction des minarets, le CCIS est d’obédience salafiste. Basé à Berne, il compterait environ 3500 membres, soit environ 1% des musulmans de Suisse. Un quart seraient des convertis. L’association fait du prosélytisme actif et produit des vidéos. L'une d'elle, en 2014, avait provoqué l'émoi, appelant à une «révolution islamique» avec une imagerie rappelant celle des groupes djihadistes comme Daech.

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