Comme chaque année, la valse des négociations salariales annonce, un peu trop tôt, la fin de la pause estivale. Comme chaque année, les revendications syndicales sont formulées de manière très générale et dans la fourchette traditionnelle, soit une augmentation des salaires réelle de 1,5 et 3%, en plus de la compensation du renchérissement et des efforts à déployer pour améliorer et étendre les conventions collectives de travail (CCT). Comme chaque année, le patronat fait la moue à l'annonce de ces premières tendances et, comme chaque année, il argue que, compte tenu de la mauvaise conjoncture, le moment est mal venu pour réclamer des hausses de salaires. Mais tout cela ne suffit pas à décourager les syndicats, qui se montrent plus combatifs que jamais à quelques semaines du scrutin bilatéral. La perspective du vote du 25 septembre sur l'extension de la libre circulation des personnes n'influencera pas directement les négociations 2006. Elle a par contre aidé à conclure des CCT en 2005.

Conflits à éviter

Que ce soit du côté de Travail.Suisse, de l'Union syndicale suisse (USS) ou du patronat, tout le monde se garde de faire le lien entre les joutes salariales qui se joueront à la fin de cette année et l'extension de la libre circulation des personnes. Les syndicats assurent qu'ils ne se servent pas du scrutin pour gonfler leurs prétentions, qui sont d'ailleurs de la même teneur que celles des années précédentes. L'Union patronale suisse (UPS) confirme qu'elle ne se laissera pas mettre sous pression. Pourtant, si les deux dossiers ne sont pas directement liés, Paul Rechsteiner, président de l'USS, parle de «test de crédibilité» pour le patronat lorsqu'il évoque les discussions pour 2006. «Les patrons ne doivent pas se contenter de lutter contre la sous-enchère salariale, ils doivent également adapter les salaires des travailleurs», déclare-t-il. «Il n'y a pas de lien direct entre la votation et les négociations, mais le contexte général est bien sûr différent des autres années», poursuit le Saint-Gallois. Il ne serait dans l'intérêt de personne de voir éclater des conflits entre les partenaires sociaux cet automne, murmure-t-on au sein des parties concernées. «En augmentant les salaires l'an prochain, l'économie suisse donnerait un signal positif aux employés», conclut le président de l'USS.

Contexte différent

Serge Gaillard, premier secrétaire de l'USS, avoue pourtant que l'extension de la libre circulation des personnes a déjà modifié le contexte des pourparlers salariaux. «Les CCT conclues l'an dernier dans le domaine du gros œuvre ou celles qui sont en passe d'aboutir doivent beaucoup à la votation du 25 septembre», admet l'économiste. Selon ce dernier ou encore selon Suzanne Blank, responsable de la politique économique de Travail.Suisse, le lien est par contre beaucoup moins évident à tisser entre l'extension de la libre circulation et la hausse des salaires. «Nous avons abouti avec certaines CCT, car il est dans l'intérêt des patrons et des travailleurs de se doter de ces instruments de protection. Mais, en ce qui concerne les salaires, le processus de négociations se déroulera normalement, comme chaque année», assure-t-elle. Suzanne Blank redoute même que le scrutin de cet automne ne joue en défaveur des augmentations: «Les patrons pourraient brandir l'argument de la concurrence à venir pour renoncer à hausser les salaires.»