Insolite

Salanfe, le barrage valaisan qui fuit

L’aménagement hydroélectrique ne peut pas être utilisé à sa pleine capacité. Si le lac atteint un certain niveau, l’eau disparaît. Des travaux d’étanchement n’y ont rien changé

L’objectif premier d’un barrage est de retenir de l’eau, afin de la turbiner et ainsi créer de l’électricité. Mais lorsque l’or bleu disparaît avant même le turbinage, l’ouvrage perd tout son sens. C’est pourtant ce qui se passe au barrage de Salanfe, situé sur la commune d’Evionnaz en Valais.

Révélée par Rhône FM, cette histoire insolite n’avait jamais été rendue publique jusqu’à aujourd’hui. Et pourtant, le problème est connu depuis plus de soixante ans. Les concepteurs de l’aménagement constatent dès 1953 qu’ils n’arrivent pas à remplir complètement le lac de retenue. Dès que l’eau atteint un certain niveau, elle se volatilise. Ce phénomène engendre des explosions et des secousses sismiques dans la région. Des sources d’eau chaude font même leur apparition dans le val d’Illiez.

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L’aménagement est une véritable passoire

Le problème réside dans la nature même de la roche, qui est calcaire. «Si divers exemples montrent qu’une telle roche peut se révéler imperméable, ce n’est pas le cas dans la région du barrage de Salanfe», explique le géologue Pascal Tissières, qui a travaillé sur cet ouvrage. L’aménagement peut ainsi être comparé à une véritable passoire. L’eau s’infiltre dans les failles de la roche, s’écoule et réapparaît dans toute la région, de Saint-Maurice au val d’Illiez, en passant par Massongex.

Mais Salanfe S.A., la société chargée du barrage, ne va pas rester les bras croisés. Elle entreprend, au début des années 1990, des travaux d’étanchement de l’ouvrage, supervisés par le bureau de Pascal Tissières. Du ciment est injecté dans la roche qui pose problème, afin de colmater les failles et ainsi empêcher l’écoulement de l’eau.

L’investissement de 34 millions de francs se révélera toutefois infructueux. Si, lors de la remise en eau en octobre 1994, le niveau du lac est supérieur de 10 mètres à ce qu’il était avant les travaux, les problèmes ne sont pas résolus. Le scénario de 1953 se reproduit. «Une forte sismicité est ressentie dans le val d’Illiez, avec plus de 30 séismes par mois. La température de l’eau des bains de la région augmente et de nouvelles sources apparaissent», raconte Pascal Tissières à nos confrères de Rhône FM.

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La rive opposée, un emmental alpestre

La raison est simple, la rive opposée du lac, qui n’a pas été cimentée, est également un véritable emmental. Les travaux d’étanchement n’ont donc que déplacé le problème et aujourd’hui l’eau continue de s’infiltrer dans la roche, si le lac atteint un niveau trop élevé.

Propriétaire de l’aménagement, Alpiq indique d'ailleurs que le barrage de Salanfe n’est jamais rempli à plus de 50% de sa capacité. Si le groupe énergétique le faisait, un mètre cube d’eau s’évanouirait par seconde dans la montagne, soit l’équivalent d’une piscine olympique toutes les quarante minutes, selon la radio valaisanne. Des chiffres qu'Alpiq est dans l’incapacité de confirmer. Autant d’or bleu que la société ne pourrait pas turbiner et donc autant d’argent envolé.

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