Salon de l'automobile oblige: jusqu'au 13 mars, l'accès à Genève sera pénible. Mais cette année, pas uniquement en voiture, en train aussi. Les pendulaires lémaniques qui se plaignent d'ordinaire du manque de place dans les wagons depuis le lancement de Rail 2000 risquent fort de se marcher dessus aux heures de pointe… et d'être tentés de prendre la voiture le jour suivant.

La journée du 1er mars, consacrée à la presse, a donné un avant-goût de l'ambiance qui régnera dans les trains dès aujourd'hui, ouverture officielle du 75e Salon de l'automobile. A Lausanne, l'Interregio de 9 h 20, à destination de Genève-Aéroport, a dû repousser son départ de quelques minutes pour permettre à des voyageurs alémaniques, en retard, d'attraper cette correspondance. Tout ce monde a dû se presser dans les allées. Même dans un wagon de 1re classe, une trentaine de ces nouveaux arrivants ont dû voyager debout pendant 50 minutes jusqu'à Genève. Cet épisode revêt au moins un aspect positif: les Zurichois sauront enfin que les trains entre Genève et Lausanne sont souvent bondés: la plupart de ces Suisses alémaniques étaient des journalistes qui se rendaient au Salon. Et ils étaient très fâchés.

Pour faire face à l'impressionnante affluence au Salon de l'automobile (800 000 visiteurs sont attendus), les CFF vont renforcer leur offre ferroviaire… mais uniquement pour les Alémaniques. Trois trains supplémentaires partiront tous les matins de Winterthour à 6 h 05 (avec un arrêt à Zurich), de Bâle à 7 h 46 et de Zurich à 8 h 48. Ces convois spéciaux s'arrêteront dans plusieurs gares alémaniques, mais pas une fois en Suisse romande, hormis à Genève-Aéroport, à deux pas du Salon de l'automobile. De surcroît, ces convois spéciaux risquent d'être complets d'avance, puisqu'il est possible d'y réserver des places pour des groupes. Le retour de ces navettes aura lieu en fin d'après-midi.

En revanche, les CFF n'ont pas songé à accrocher un wagon supplémentaire à l'un des trains qui dessert la Suisse romande. A croire que les Romands n'iront au Salon qu'en voiture. Selon Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF, aucune raison ne justifie d'augmenter l'offre, «car depuis Rail 2000, il y a plus de trains vers Genève, dont deux directs par heure en liaison avec Lausanne, contre un auparavant». Pendulaires et visiteurs devront donc s'entasser dans des wagons déjà surchargés d'habitude. Les CFF ont pris le parti de croire que «le public romand ira au Salon en train essentiellement le week-end, quand il n'y aura pas de pendulaires», estime Jean-Philippe Schmidt. La compagnie ferroviaire espère pourtant attirer de nombreux voyageurs grâce au Salon de l'automobile. Depuis quelques années, les CFF proposent une offre combinée billet de train et entrée au salon avec 20% de réduction.

Ces dix prochains jours, les CFF devront particulièrement s'efforcer de respecter la ponctualité de l'horaire à Genève-Aéroport. Car de toutes les gares terminus de Suisse, c'est celle où le temps de rebroussement est le plus court: onze minutes. Pour certains trains, ce laps de temps est si ténu qu'un simple retard peut obliger les CFF à supprimer la desserte de l'aéroport, et donc laisser des centaines de passagers à quai. C'est le cas pour les Intercity à deux niveaux en provenance de Saint-Gall, qui n'ont pas une minute de réserve, et pour les trains en provenance du Valais, qui n'en ont que trois.

Après plus d'un mois d'avaries diverses qui ont perturbé son réseau, la compagnie ferroviaire doit espérer qu'aucun incident ne provoquera retards et suppressions de trains. Le dernier problème relevé a concerné le système de chauffage à gaz des aiguillages. Mardi, le froid sibérien avait tellement comprimé le gaz, que plusieurs de ces installations ont arrêté de fonctionner et les aiguillages ont été congelés. Si les prestations ferroviaires continuent de se dégrader, les CFF réussiront à inciter leurs passagers à acquérir une voiture au Salon de l'automobile.