Ici ou là, on tire fierté de tel musée ou de tel monument. A Moutier, dans un Jura bernois en manque de reconnaissance, on s'offre, en guise de vitrine, une halle d'exposition baptisée «Forum de l'Arc». Comprenez carrefour des compétences industrielles de l'Arc jurassien.

De mardi à samedi, le bâtiment cubique flambant neuf héberge l'événement, avec E

majuscule, de la portion bernoise francophone: le SIAMS, salon bisannuel des industries de l'automation, des machines-outils et de la sous-traitance. Une foire des microtechniques qui réunit 477 exposants, régionaux pour moitié, du reste de la Suisse et de l'étranger pour l'autre. Quinze mille visiteurs professionnels sont attendus.

Le SIAMS, créé en 1989 dans la patinoire de Moutier avec 86 exposants locaux s'installe, en 2008, pour sa onzième édition, dans ses propres murs, offerts par les pouvoirs publics locaux et cantonaux, des entrepreneurs régionaux, les banques cantonales et les chambres de commerce de l'Arc jurassien.

Au fil des éditions, le SIAMS est devenu «ce que le Jura bernois produit de mieux», avait commenté Le Journal du Jura. Or, il faut désormais s'y montrer. Les industriels, évidemment, qui y nouent des contacts, y commercent, y exhibent leurs produits et leur bonne santé économique - les résultats en baisse de Tornos, publiés mardi ne semblent pas avoir altéré l'atmosphère favorable aux affaires. Les politiques se font un devoir d'être de la partie, conseillers d'Etat, parlementaires fédéraux.

Le contraire d'un fardeau

Le Jura bernois s'applique alors à dire qu'il est autre chose que cette minorité geignarde et excentrée souvent dépeinte. «Nous sommes une région périphérique, certes, relève le président du SIAMS, Francis Koller. Mais quel dynamisme, quel savoir-faire, quelle performance dès qu'il s'agit du domaine de la petite dimension et de la grande précision.»

Le maire de Moutier, Maxime Zuber, profite de l'environnement favorable du salon pour fustiger l'«hystérie dogmatique qui prétend que l'avenir de notre pays passe uniquement par le renforcement des métropoles urbaines». Et d'argumenter en relevant que l'Arc jurassien représente près de 15% des exportations suisses pour 8% de la population. «Une région industrielle comme la nôtre ne représente aucunement un fardeau pour la Suisse, au contraire.»

Alors, poursuit le maire de Moutier, «pourquoi nous taxer de provincialisme et de quérulence quand nous nous opposons à l'application de modèle ayant échoué ailleurs en Europe et quand nous exprimons notre attachement légitime à une région d'excellence?» L'espace du SIAMS, Moutier et le Jura bernois clament qu'ils existent.

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