Genève

Le salut par la base, l'ultime espoir de Pierre Maudet

La direction du PLR genevois appelle Pierre Maudet à démissionner. Elle confirme donc à une large majorité la position de la présidence. La situation fiscale du ministre continue d’agiter sur le plan politique

Cette manche, c’est Alexandre de Senarclens, le président du PLR genevois, qui l’a remportée. Il était un peu plus de 8 heures, lundi matin, lorsqu’il est apparu au siège du parti bourgeois, les traits un peu moins tendus qu’à l’ordinaire. Avec cette phrase lapidaire, avant de s’éclipser aussitôt: «Le comité directeur, par une décision très claire, a invité le conseiller d’Etat à démissionner, pour le bien de nos institutions, de la République et canton de Genève.»

Pour la présidence du PLR genevois, ce moment était crucial. Après les atermoiements du comité directeur, elle avait pris la décision le 27 novembre de demander la démission du magistrat. Il lui fallait l’aval du comité directeur, l’organe compétent pour prendre cette décision. Alexandre de Senarclens avait d’ailleurs annoncé dans nos colonnes qu’il démissionnerait s’il n’était pas suivi. Il n’a pas eu besoin d’en arriver à cette extrémité, puisqu’il a été suivi largement, par 21 voix contre sept. Selon nos témoins, l’opinion des membres du comité était faite avant la séance matinale, et la lassitude le disputait à la tension.

Volet fiscal

Il faut dire que la situation du ministre, mis en prévention pour acceptation d’un avantage lié à son voyage à Abu Dhabi, s’est encore aggravée sur le plan politique avec l’ouverture d’un volet fiscal. En effet, les instances dirigeantes du parti, mercredi dernier à Berne, ont demandé au ministre s’il avait bel et bien déduit de ses impôts les contributions versées par le biais de son comité de soutien. Sa réponse, très vague, n’a apparemment satisfait personne. Déjà sommé avant l’échéance bernoise de s’expliquer sur ces déductions à Genève, Pierre Maudet n’a pas davantage convaincu, à en croire Alexandre de Senarclens: «Les explications fournies étaient trop évasives pour lever les soupçons.» Ce lundi, ces déductions ont été évoquées par la présidence devant le comité directeur, sans que discussion s’ensuive.

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Imperturbable à sa sortie, Pierre Maudet n’a pas pipé mot sur le lâchage du comité directeur. Il a préféré insister sur les louvoiements de la tête du parti: «Après une brève discussion politique et une plus longue discussion juridique consécutive aux acrobaties statutaires auxquelles on a assisté ces derniers jours, nous avons eu une troisième prise de position du comité directeur. Ce que j’appelle de mes vœux, c’est une discussion avec la base, une assemblée générale extraordinaire. C’est un peu pénible mais ça va se concrétiser, je ne peux que m’en réjouir.»

Une assemblée générale en décembre?

Le salut par la base, c’est l’espoir de Pierre Maudet, acculé de toutes parts mais fermement décidé à ne pas tirer sa révérence sous la pression. Ses soutiens ont fait savoir au comité directeur qu’ils attendaient la tenue de cette assemblée générale ce début décembre, et non pas en janvier, comme le veut la présidence. Pas sûr qu’ils soient entendus: «Elle se tiendra début janvier, assure Alexandre de Senarclens. Mais il faut être institutionnel, l’agenda est très court et je ne vois pas de raison de nous précipiter.» Indépendamment du timing, reste cette question: cette future assemblée générale pourra-t-elle voter sur la demande de démission à Pierre Maudet? Lundi matin, le comité directeur n’a pas tranché, laissant le soin à la présidence de trouver la meilleure procédure. «Si la présidence n’accepte pas un vote, la base se sentira dépossédée et méprisée et elle fera tout sauter, prévient un soutien de Pierre Maudet.»

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Les soutiens de Pierre Maudet accusent en effet la présidence d’avoir violé les statuts et contestent la légitimité du comité directeur, où trois sièges étaient déjà vacants. Depuis vendredi, il faut y ajouter un quatrième, celui de Sophie Creffield: «Je pars parce que le comité ne respecte pas les statuts et que tout ceci est désastreux en termes de gestion de crise.» Elle précise qu’elle s’exprime en qualité de membre et d’ancienne secrétaire générale du parti, et non en qualité de cheffe de cabinet de la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet. Les soutiens de Pierre Maudet s’inquiètent aussi de l’avenir: «Si Pierre Maudet devait jeter l’éponge, rien ne serait résolu, bien au contraire, avance un député. Cela ouvrirait des blessures plus profondes, et ceux qui se lanceront pour les élections fédérales subiront des attaques.» D’autres estiment que les militants feront défaut lors de la campagne. Pour les uns, le PLR sans Pierre Maudet est inenvisageable, pour les autres, il l’est tout autant avec Pierre Maudet.

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