Au risque de se retrouver l'un des seuls en Suisse à le faire, le canton de Vaud conservera un impôt sur les successions en ligne directe. Plutôt que l'initiative libérale demandant la suppression totale de cet impôt pour les conjoints et les enfants, les électeurs ont largement préféré un contre-projet gouvernemental qui limite les dégâts pour les caisses publiques. Veufs et veuves seront désormais exonérés, mais les descendants continueront d'être taxés, pour autant toutefois que leur part d'héritage dépasse 250 000 francs. Pour les entreprises, l'impôt sur les successions est diminué de moitié. Le fisc ne devrait plus frapper que 500 à 600 héritiers par an dans le canton.

Répondant à une première question, les Vaudois ont voté à plus de 70% pour le changement. Même si la gauche avait défendu le statu quo lors de la campagne, pour des raisons de principe, personne ne contestait véritablement la suppression de l'impôt pour les conjoints survivants. La réponse à la seconde question a été tout aussi claire. 107 276 personnes (63%) se sont prononcées pour le contre-projet, contre 63 006 (37%) pour l'initiative. Les meilleurs scores de l'initiative libérale ont été enregistrés sur La Côte. Participation: 52,1%.

En continuant de taxer certains héritages, Vaud tranche avec la tendance suisse des dernières années. Son vote contraste notamment avec celui de Genève, qui a aboli cet impôt dans l'enthousiasme en février dernier. Si les finances des deux cantons connaissent un état similaire de délabrement, le contexte politique diffère. Les libéraux vaudois se sont retrouvés assez isolés pour défendre leur initiative, seule l'UDC les ayant rejoints. Un large front comprenant le gouvernement, les radicaux et la gauche défendait le contre-projet. Celui-ci limite la perte fiscale à 16 millions pour le canton et 10 millions pour les communes, alors que l'initiative impliquait de renoncer à 50 millions pour le premier et 30 millions pour les secondes.

Tout en pouvant se féliciter d'être, par son initiative, à l'origine du changement, le Parti libéral se retrouve, pour ne pas avoir été suivi jusqu'au bout, dans le rôle du perdant et du défenseur des privilégiés. Le président du parti, Dominique Kohli, ne cachait pas sa déception, ne trouvant qu'une faible consolation dans la «micro-amélioration» contenue dans le contre-projet, par rapport à l'objectif qui consistait selon lui à «supprimer entièrement une injustice fiscale.

Le député Michel Mouquin, chef du groupe radical du Grand Conseil, était en revanche tout sourire, étant avec son parti à l'origine du contre-projet. Confronté à l'initiative libérale, le centre s'est efforcé de sauver ce qui pouvait l'être. Il a fallu convaincre la gauche de soutenir le contre-projet, même si celui-ci ne comprenait pas la compensation fiscale immédiate que socialistes et Verts auraient voulu avoir.

La perte fiscale, même limitée à 16 millions par an, n'en devrait pas moins être compensée à terme. C'est la volonté affichée par le gouvernement, qui se réfère à son programme de législature. Une partie du travail est déjà faite, puisque deux nouvelles classes d'imposition viennent d'être créées au haut de l'échelle. La compensation intégrale passe néanmoins par une ponction sur les classes supérieures de revenu. Les étrangers fortunés, ceux qui sont imposés au forfait, sont dans le collimateur. En cas de succession, ces hors classes paient la moitié moins d'impôts que le commun des contribuables. A noter que les projets fiscaux du gouvernement vaudois ne s'arrêtent pas là. La dégradation des finances a remis sur la table une vieille formule: le redressement doit passer par deux tiers d'économies et un tiers de nouvelles recettes.